Une socialiste pour aider le macronisme à réparer la sécurité civile ?

Carole Delga, Sophie Pantel et Sébastien Lecornu, incendies quelles sont les nouvelles pistes - Photo - LAB_ PLURIELLE INFO
Carole Delga, Sophie Pantel et Sébastien Lecornu, incendies quelles sont les nouvelles pistes - Photo - LAB_ PLURIELLE INFO

Une socialiste pour aider le macronisme à réparer la sécurité civile ? Parmi les sept parlementaires choisis par Sébastien Lecornu, Sophie Pantel est la seule élue socialiste. Autour d’elle : deux députés issus de la majorité présidentielle ou de ses alliés, un député LR, deux sénateurs centristes et une sénatrice LR. Une participation d’autant plus singulière que la députée de Lozère, co-rapporteure du budget de la sécurité civile, dressait elle-même récemment le constat d’un modèle de financement à revoir complètement. La voilà désormais chargée par Matignon de contribuer, en quelques semaines, à trouver les remèdes.

Carole Delga, formidable speakerine de la vie politique socialiste, n’a évidemment pas manqué l’occasion de saluer la nomination de Sophie Pantel. Sur les réseaux sociaux, la présidente de la région Occitanie lui accorde « toute [sa] confiance » pour cette mission confiée par Sébastien Lecornu et vante son « sérieux », son « engagement » et son « expérience du terrain ». Dans cette publication, pas un mot, en revanche, sur le bilan de l’État en matière de sécurité civile, sur les moyens qui font défaut ou sur la responsabilité des gouvernements successifs depuis 2017. Pas davantage de distance politique face à cette nouvelle mission lancée après un été ravagé par les incendies. À lire Carole Delga, l’essentiel est bien de célébrer la camarade choisie par Lecornu. Une communication huilée, Matignon distribue les missions, une députée socialiste répond présente et la présidente de région assure le commentaire enthousiaste. À chacun son rôle dans cette étonnante coproduction.

Qui sont les 7 mercenaires de Lecornu ?

Ils sont sept à avoir répondu à l’appel de Sébastien Lecornu : les députés Sophie Panonacle (Ensemble pour la République), Didier Lemaire (Horizons), Jean-Louis Thiériot (Les Républicains) et Sophie Pantel (Socialistes et apparentés), accompagnés des sénateurs Pascal Martin et Olivier Bitz (Union centriste) et Françoise Dumont (Les Républicains). Une équipe politiquement très œcuménique, de la droite aux socialistes, chargée par Matignon de dégager en quelques semaines de nouvelles pistes contre les incendies, amen.

La présence de Sophie Pantel est la plus subtile et la plus toxique politiquement. Car la députée de Lozère connaît déjà parfaitement le diagnostic qu’on lui demande désormais d’établir. Rapporteure spéciale du budget de la sécurité civile avec l’insoumis Damien Maudet, elle rappelait encore le 15 juillet devant la commission des finances que, sur environ 7 milliards d’euros consacrés à la sécurité civile, près de 6 milliards provenaient des départements et des communes contre environ un milliard pour l’État. Elle soulignait également que certaines lignes budgétaires avaient été orientées à la baisse.

Rapport budgétaire pour 2025

Plus embarrassant encore : dans leur rapport budgétaire pour 2025, Sophie Pantel et Damien Maudet dénonçaient déjà la faiblesse des moyens consacrés par l’État à la sécurité civile, qualifiée de « parent pauvre de la mission Sécurités ». À l’époque, la sécurité civile ne représentait qu’environ 3,3 % des crédits de cette grande enveloppe budgétaire du ministère de l’Intérieur, très largement dominée par les budgets de la police et de la gendarmerie.

Et ce n’était pas leur premier avertissement. En juillet 2025, Sophie Pantel et Damien Maudet avaient déjà remis un rapport entier consacré au renouvellement de la flotte aérienne de la sécurité civile. Ils y décrivaient une flotte vieillissante et inadaptée à l’augmentation des risques et demandaient à l’État de clarifier rapidement sa stratégie. Damien Maudet, son corapporteur, était encore plus sévère : moins d’avions bombardiers d’eau qu’en 1983, moins de camions-citernes feux de forêt qu’au début des années 2000, besoin estimé de 50 000 volontaires supplémentaires et financement des SDIS reposant à environ 90 % sur départements et communes.

Un an plus tard, le diagnostic est donc largement documenté : financement sous tension, poids considérable supporté par les collectivités, flotte aérienne à renforcer, investissements jugés insuffisants et nécessité d’une programmation pluriannuelle. Autrement dit, le diagnostic existe, les rapports existent, les alertes existent. Mais Matignon commande une nouvelle mission. Être MDR à ce stade extrême de cynisme est largement autorisé voire nécessaire. Ah ! La Com’ presque parfaite : les rapports documentent les insuffisances, le gouvernement commande un nouveau rapport, une députée socialiste accepte la mission et Carole Delga applaudit. Que dire de cette inconstance politique ?…

115 000 hectares brûlés en France

Bref ! Après un début d’année marqué par plus de 115 000 hectares brûlés en France, le gouvernement veut renforcer son dispositif face aux feux de forêt. Le Premier ministre Sébastien Lecornu a donc désigné, le 12 août, plusieurs parlementaires pour participer à une mission opérationnelle consacrée aux incendies et à la sécurité civile.

Ces missionnaires devront contribuer à des propositions destinées à améliorer l’anticipation, la préparation et la lutte contre les feux de végétation, mais aussi l’après-incendie. La mission doit notamment examiner l’adaptation des moyens financiers et matériels de l’État et alimenter le projet de loi de modernisation de la sécurité civile.

Les parlementaires devront consulter les acteur·trices locaux, et les institutions concernées avant de remettre leurs propositions au Premier ministre : attention, le 21 septembre c’est le relevé des copies… À suivre…

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