Le changement climatique, les gigantesques incendies qui ont ravagé notre pays et de nombreux autres en Europe et dans le monde ont placé au premier plan de l’actualité la question des moyens de nos Services d’Incendie et de Secours. Aujourd’hui même, les organisations syndicales des 44 000 sapeurs pompiers professionnels sont en grève et rencontrent le ministre de l’intérieur. Ils dénoncent des effectifs et des moyens insuffisants et réclament le recrutement en urgence de « 20 000 pompiers professionnels »
Comme partout en France, les pompiers de Sète ont manifesté, ce jeudi, boulevard Camille Blanc. Le long de leur caserne, les banderolles appelaient les automobilistes à klaxonner pour exprimer leur soutien. L’intersyndicale a été en mesure d’afficher 100 % de mobilisation, ce qui en dit long sur le niveau de mécontentement dans ce métier à haut risque et faible reconnaissance, en état d’épuisement avancé. Pour le secrétaire général du syndicat Sud Sdis 34. « Tous les agents se sont portés grévistes ».
On a apprend qu’à Sète, les gardes de jour sont régulièrement assurées « à 50 % par des pompiers volontaires et à seulement 50 % par des professionnels ». Au plan national, ce sont 200 000 volontaires qui œuvrent au quotidien dans les villes et les villages pour suppléer le manque de professionnels.
Installé à Sète, Jean-Pierre Charles qui fut durant 20 ans administrateur du SDIS du Cher et son vice président pendant 10 ans, a tenu à apporter son témoignage en partageant une tribune dans laquelle il tient à rappeler des éléments parfois trop méconnus :
» Depuis 1996, les SDIS sont entièrement financés par les Départements avec la participation des communes et des intercommunalités. L’État intervient globalement à moins de 10 %.
Depuis 1/4 de siècle, les gouvernements successifs n’ont cessé de réduire les dotations aux collectivités tout en réduisant drastiquement leur latitude fiscale et en leur transférant de plus en plus de compétences.
Ce déménagement du territoire au nom d’une prétendue décentralisation et motivée par une prétendue « rigueur » financière (euphémisme pour baisse drastique de l’imposition des grandes entreprises et des plus fortunés) a eu pour conséquences la mise en coupe réglée l’ensemble de nos services publics. Crise de l’hôpital, de la justice, de l’école, de l’université, des services sociaux, de l’action culturelle, pas un jour où cette liquidation des services publics n’est pas illustrée par des événements et des faits.
L’absence de l’État dans le financement des SDIS et la mise à la disette des collectivités territoriales a pour conséquence de graves difficultés de financement. Qui plus est, même si tous les départements connaissent des difficultés, les départements ruraux avec des démographies déclinantes et des vastes territoires sont particulièrement touchés et seront à court terme dans l’impossibilité de pourvoir les SDIS des moyens indispensables. »
Selon lui, c’est l’heure de vérité pour le gouvernement et toutes celles et ceux pour qui « la diminution des services publics, dont les SDIS, est une obsession idéologique. Récemment, une loi proposée par la Gauche et visant à créer des nouvelles ressources financières pour les SDIS a été refusée par l’alliance LR/RN/Horizon/Centre« .
Comme les pompiers eux-mêmes, l’ancien élu avertit : « Les collectivités territoriales ne pourront bientôt plus assurer ces financements » si cette politique austéritaire était poursuivie, alors que le changement climatique impose au contraire de donner des moyens considérables aux missions de sécurité civiles. Or c’est précisément en direction des collectivités et des parlementaires que le gouvernement renvoie les responsabilités de ses abandons successifs.
Déçues par leur rencontre avec le ministre de l’intérieur Laurent Nunez, l’intersyndicale des sapeurs-pompiers professionnels a annoncé « une mobilisation intensive » fin septembre, en plus de la journée d’action de la fonction publique prévue le 29 septembre.
