Eau potable d’Issanka : la ligne que la LGV n’aurait jamais dû franchir

Eau ressource naturelle illustration - Photo - John Robertson
Eau ressource naturelle illustration - Photo - John Robertson
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Trains : la LNMP, ligne de tous les dangers ?

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Issanka : avec Thomas Brail la contestation contre la LGV durcit le ton

La concertation publique sur la ligne nouvelle Montpellier–Perpignan avance, entre ateliers citoyens et comités techniques. Mais derrière les débats sur l’esthétique du viaduc de Poussan, une question plus fondamentale émerge : le tracé est-il compatible avec la protection d’une ressource en eau potable stratégique ?

Le 26 février 2026, un comité dédié s’est réuni avec deux membres de l’Atelier citoyen au sein de Sète Agglopôle Méditerranée. Au programme : « enrichissement des propositions », « priorisation des scénarios », intégration paysagère et acoustique. Quatre variantes sont étudiées, de la « passerelle intégrale » à la « transparence totale ». Bref ! Une concertation  »exemplaire » sur la forme pour l’habillage du viaduc.

Mais sur le fond, le débat fait l’impasse sur la traversée du périmètre de protection du champ captant d’Issanka. Souhaitons dès lors que Loïc Linarès l’ajoute au prochain temps d’échange prévu le 23 avril 2026.

Des interventions normalement proscrites

Protégé par une déclaration d’utilité publique (DUP) depuis 1988, ce captage alimente une partie du bassin de Thau principalement la ville de Sète. Le cadre réglementaire est strict : limiter au maximum les activités susceptibles de polluer la ressource. Or, un arrêté préfectoral du 8 avril 2026 autorise désormais des investigations au cœur même de ce périmètre. Le texte reconnaît explicitement la fragilité du site, évoquant la nécessité de vérifier que les travaux de la LGV n’altèrent pas « quantitativement et qualitativement le champ captant d’Issanka » .

Dans le détail, les opérations autorisées sont loin d’être anodines : « trois sondages de reconnaissance destructifs » jusqu’à 80 mètres de profondeur, des forages carottés, ou encore des tests d’infiltration. Autant d’interventions normalement proscrites dans ce type de périmètre.

LGV : statuer sur la faisabilité du projet

Pour justifier ces dérogations, l’État avance comme argument le fait d’améliorer la connaissance du sous-sol pour statuer sur la faisabilité du projet. L’arrêté est explicite : ces investigations doivent permettre « de se prononcer sur la faisabilité » de la ligne. Autrement dit, la faisabilité n’est pas encore démontrée, mais les terrains sont  déjà expropriés et les travaux préparatoires engagés.

Une logique vivement contestée par la conseillère communautaire Laura Seguin qui dénonce dans un communiqué du 10 avril, « une décision grave » et rappelle que la source d’Issanka constitue « la seule ressource en eau potable de Sète » . Elle évoque un « risque inacceptable » pour l’approvisionnement en eau.

L’élue de Nouvelles pages pour Sète s’appuie notamment sur l’avis de la Commission locale de l’eau (CLE), rendu en octobre 2025, qui conclut à « l’incompatibilité du projet avec la protection de la ressource » . Un avis fondé sur des analyses hydrogéologiques, mais qui n’a pas empêché la poursuite de la procédure.

De 1988 à 2023 des DUP et des responsabilités pour qui ?

Au-delà du désaccord, une contradiction apparaît entre deux cadres juridiques : la DUP de 1988, qui sanctuarise la ressource, et celle de 2023, qui autorise les travaux de la LGV. Autre point sensible : la répartition des responsabilités. Si SNCF Réseau est chargé de mener les investigations, la collectivité doit, elle, élaborer un plan d’urgence en cas d’incident . Une dissociation qui interroge : celui qui intervient n’est pas celui qui assume le risque en dernier ressort.

Arrêté préfectoral n° 111176

Dans les documents officiels, l’objectif reste « la protection de la ressource en eau ». Mais cette affirmation coexiste avec la reconnaissance de sa « vulnérabilité » et la nécessité de vérifier qu’elle ne sera pas dégradée, comme l’indique l’arrêté préfectoral n° 111176 signé par Véronique Martin Saint Léon, secrétaire générale de l’Hérault, sous-préfète de Montpellier.

Un paradoxe qui résume l’enjeu : peut-on garantir l’absence d’impact en intervenant précisément là où toute intervention était jusqu’ici interdite ?

Quand la COM’ anesthésie la conscience citoyenne

La présidente de la région Carole Delga, aux côtés de Matthieu Chabanel, PDG de SNCF Réseau lance tout sourire la concertation citoyenne pour la 2e phase de la LGV sur le tronçon Béziers-Perpignan, le 7 avril 2026, en écrivant : « Place à la parole citoyenne : le droit à l’information et à la participation citoyenne est essentiel dans les projets de cette nature». Mais on perçoit aisément qu’entre le design du Viaduc et peut-être la couleur des bancs dans les gares, la conscience citoyenne semble bien anesthésiée par un surdosage de communication.

Car au-delà des choix techniques et des « bavardages » des COPIL, c’est bien un arbitrage politique qui se dessine : entre développement des infrastructures et protection d’une ressource vitale. Reste que pour l’heure, la réflexion de la présidente du conseil régional d’Occitanie se limite à : « je défends une ligne mixte : fret et voyageurs pour connecter le sud de la France à Paris, à l’Espagne et au reste du continent européen. »

Défendons, défendons… Mais Carole Delga esquive un problème local qui n’est pas une abstraction climatique et qui met en danger une ressource en eau identifiée, protégée, et désormais reconnue comme vulnérable par les propres documents de l’État.

La transition écologique invoquée à l’échelle européenne avec cette LGV se heurte à une contradiction potentiellement tragique à l’échelle du bassin de Thau : celle d’un projet qui, pour exister, nécessite de déroger à des règles précisément conçues pour protéger l’eau potable.

Dans ces conditions, la posture Delga ne résiste pas à l’épreuve du terrain. La protection effective de l’eau aurait dû être depuis longtemps abordée dans le fameux « Atelier citoyen », pour envisager un autre tracé.

Problème, quand on prend les citoyen·nes pour des figurant·es ou qu’on néglige leurs alertes, il arrive parfois et même souvent qu’ielles lèvent leur nez des écrans et des promesses et se mettent, eux, à vraiment défendre leurs territoires avec des ZAD (zones à défendre). De quoi interroger, le Conseil d’Administration de la Société de la Ligne Nouvelle Montpellier Perpignan (SLNMP) qui gère la participation financière des collectivités territoriales et groupements de collectivités territoriales au financement des études et des travaux de la LGV.

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