Ce n’est pas très compliqué de bénéficier des lumières des plateaux quand on n’est plus qu’un zombie politique. Il suffit de valider les thèses des détenteurs de médias et de baver sur l’ennemi à abattre, le grand méchant Mélenchon.
C’est avec cet objectif que François Hollande a été sorti de sa naphtaline au printemps 2024. D’autres résidus des temps glorieux du PS triomphant qui a enseveli la gauche dans sa conversion néo-libérale trouvent encore quelques opportunités de carrières. Parmi eux, l’ancien ministre socialiste Arnaud Montebourg vient d’être recruté par BFM pour animer tous les vendredis une émission d’économie et de géopolitique baptisée en toute modestie « made in Montebourg ».
Le service public n’étant pas en reste en termes de recyclage des girouettes idéologiques, il fut invité par Léa Salamé samedi 11 avril sur le plateau de Quelle Époque sur France 2 avec le médiatique maire de Béziers Robert Ménard qui assure la promotion de son livre où il tente de détourner sa fille de la tentation insoumise. L’ambiance est complice, décontractée, faussement sincère.
Davantage connu pour ses marinières et son [faux]départ calamiteux à la course présidentielle de 2022 que pour la pertinence de ses analyses politiques, Arnaud Montebourg qui se déclare « post-gaulliste« , se dit orphelin d’une gauche « qui est passée à côté de la Nation, des frontières ». Alors que lui, grand penseur, a l’immense courage de «se poser des questions sur l’immigration». Il ne dit pas quelles questions il se pose ni quelles réponses il apporte. Il se contente de les suggérer en constatant que la gauche danoise, « la seule qui a été réélue dans tous les pays européens » a sauvé ses fesses en adoptant des « positions assez proches de celles de l’extrême droite ». Le pauvre en oublie l’Espagne de Pedro Sanchez ! Tout est dit en peu de mots. Faisons de l’immigration et de la chasse aux immigrés le sujet numéro un et laissons penser que celleux-ci sont la cause première des maux de notre société. Arnaud a bien assimilé les biais d’extrême droite. Mais il nous l’apprendra, il y a un mal encore pire que « de passer à côté de la nation« …
Grâce aux habiles questions de Léa Salamé et de Hugo Clément lui rappelant qu’il avait voté Mélenchon, il a pu affirmer qu’il ne le ferait plus jamais. Pourquoi ? « Parce que c’est le principal agent de fracturation du pays. Et c’est très grave ce qu’il fait » dit-il l’air inspiré. Que fait-il au juste ? Est-il au pouvoir ? Impose-t-il le budget de misère qui engraisse les marchands d’armes et ferme classes et hôpitaux ? Dirige-t-il l’armée ou la police ? Appelle-t-il au coup d’État ? On ne le saura pas puisqu’aucun « journaliste » ne lui demande d’étayer son propos.
Belle analyse, camarade Montebourg. Pour cet ancien socialiste, la fracturation de la société, ce n’est pas dû à l’aggravation des inégalités, à la casse des services publics, à la multiplication par deux de la fortune des milliardaires, à la banalisation du racisme le plus débridé non seulement dans les médias, mais aussi dans les institutions, à la montée de l’intolérance et des discriminations, à la concurrence sauvage du tous contre tous… Non, la fracturation, c’est Mélenchon !
Pour justifier sa proximité passée avec cet affreux personnage, Arnaud réécrit l’histoire : « C’était il y a 20 ans. À l’époque, il était républicain, il était anti-communautariste, il était laïc. Il n’était pas défenseur de telle ou telle religion ». « Mais qui a changé, c’est lui ou c’est vous ? » interroge Hugo Clément. « Peut-être les deux, je n’en sais rien, je ne veux faire le procès de personne » ose dire le faux-cul qui vient de faire passer Mélenchon pour le contraire de ce qu’il est, car laïc et républicain il demeure tandis que d’autres ont noyé la promesse égalitaire dans une islamophobie paranoïaque. Celui qui a changé, assurément, c’est lui, Arnaud Montebourg, fraîchement recruté par BFM TV, celui qui assimile la lutte contre l’islamophobie à la « défense d’une religion » et qui n’a pas hésité à s’associer en 2023 avec l’homme d’affaires d’extrême droite Pierre Edouard Stérin pour créer Utenda Capital, un fonds souverain privé pour l’agriculture et l’industrie.
Alors, à répéter en chœur avec la gravité du « Plus jamais ça » au sortir de la Seconde Guerre mondiale, « ne plus jamais voter Mélenchon« , c’est le nouveau mantra. «C’est drôle, beaucoup de gens disent ça» semble s’étonner telle une péronnelle, l’entrepreneuse et productrice TV franco-libanaise Péri Cochin. En effet, beaucoup de gens comme elle, comme Arnaud Montebourg, comme Léa Salamé, et quelques autres faiseurs d’opinions qui s’accrochent au système comme des berniques sur un rocher, pensent pouvoir conjurer ainsi la perspective en 2027 d’un changement radical qui les renverrait à leur médiocrité.
🗣️ « La gauche est passée à côté de la nation, de la frontière. »
Arnaud @montebourg se confie sur son positionnement actuel : « orphelin » de famille politique, vote blanc répété et un « plus jamais » catégorique sur Jean-Luc Mélenchon. pic.twitter.com/EsHpoOYx00
— Quelle Époque! (@QuelleEpoqueOff) April 11, 2026

