5 novembre : 70 000 policiers mobilisés, les manifestants priés d’éviter les centres-villes

Manifestation à Montpellier : "Manifester est un droit, alors pourquoi j'ai peur ?" - Photo - JPV PLURIELLE INFO Archives #10Septembre
Manifestation à Montpellier : "Manifester est un droit, alors pourquoi j'ai peur ?" - Photo - JPV PLURIELLE INFO Archives #10Septembre
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Grèves, salaires, services publics et libertés publiques : la journée nationale de mobilisation de ce jeudi 5 novembre s’annonce comme un nouveau bras de fer entre les syndicats et le gouvernement. Laurent Nuñez annonce 70 000 policiers et gendarmes. Les organisations syndicales dénoncent les restrictions imposées aux cortèges. Après les salaires, c’est désormais le droit de manifester au cœur des villes qui fait débat.

À la veille de la mobilisation, le gouvernement a déjà sorti les grands moyens. Hier, mercredi 4 novembre, lors d’un point presse place Beauvau, Laurent Nuñez annonce le déploiement de 70 000 policiers et gendarmes pour un peu plus de 220 actions anticipées par les autorités. Le ministre de l’Intérieur prévient : « On ne tolérera pas de débordements et il y aura des interpellations. » Il assure pourtant que la « mission première » des forces de sécurité sera de permettre aux manifestations de « se dérouler de manière pacifique ».

Dans un télégramme adressé mardi 3 novembre aux préfets, consulté par l’AFP, Laurent Nuñez réclame des « dispositifs opérationnels robustes, agiles et réactifs ». Contrôles préventifs, drones, restrictions de circulation et interdictions de manifester dans certains centres-villes figurent parmi les mesures envisagées.

Manifester, oui. Mais pas trop dans le centre.

C’est précisément là que le conflit s’est durci. À Paris, la préfecture refuse le parcours Bastille-Concorde demandé par l’intersyndicale et autorise République-Nation. À Toulouse, les organisations syndicales contestent également l’interdiction de leur itinéraire en centre-ville.

Mercredi, lors d’une conférence de presse du Pacte du pouvoir de vivre à Paris, Marylise Léon, secrétaire générale de la CFDT, dénonce les restrictions : « Le principe d’une manifestation, c’est sa visibilité. » Elle rappelle avoir alerté Matignon sur les difficultés d’organisation des cortèges.

Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT, ne prend pas davantage de précautions. Invitée de RMC mercredi 4 novembre 2026, elle dénonce l’absence de négociation sur les parcours : « C’est une honte, ça n’est pas sérieux de travailler comme ça. » Elle affirme avoir recensé des difficultés similaires dans vingt départements et dénonce « une dérive autoritaire très dangereuse du gouvernement. »

À Toulouse, dans un communiqué rendu public mardi 3 novembre, les huit organisations de l’intersyndicale résument leur désaccord : « Les revendications sociales ne sont pas un trouble à l’ordre public que l’on pourrait repousser à la périphérie de la ville. » Pourtant, l’État affirme garantir la liberté de manifester, tout en décidant des endroits où les revendications pourront être visibles.

Les salaires derrière les boucliers

Car les syndicats ne manifestent pas pour discuter de parcours urbains. Ils réclament des augmentations de salaires, une revalorisation du Smic, des pensions et du point d’indice des fonctionnaires, ainsi que davantage de moyens pour les services publics.

« L’heure est venue de franchir un nouveau cap dans la mobilisation, la grève doit prendre le relais », avait déjà déclaré Sophie Binet le mercredi 21 octobre, à sa sortie de Matignon, après une rencontre avec le Premier ministre Sébastien Lecornu.

Le gouvernement défend de son côté une politique de fermeté face aux violences constatées lors des précédentes mobilisations. Dans son télégramme du 3 novembre, Laurent Nuñez demande aussi aux préfets de renforcer les moyens de prévention et de maintien de l’ordre, notamment pour protéger les commerces et les bâtiments publics.

À Montpellier, la Comédie reste hors parcours

Dans l’Hérault, la préfète Chantal Mauchet a autorisé la manifestation du 5 novembre, mais sous étroite surveillance. Selon son communiqué du 4 novembre, l’intersyndicale et la préfecture se sont accordées sur un itinéraire inédit de 3,7 kilomètres, entre la place Max-Rouquette et la place de l’Europe, avec un départ à 14 heures. Le cortège contournera l’Écusson.

Mais l’autorisation s’accompagne d’une interdiction des rassemblements et attroupements dans le centre de Montpellier, de 8 heures à 22 heures. La préfecture invoque les troubles survenus les 17, 24 et 31 octobre et entend « préserver la liberté du commerce » tout en empêchant la constitution de « cortèges sauvages ».

Le dispositif prévoit en plus, la captation d’images par drones, renforts de forces mobiles, mobilisation des militaires de Sentinelle, interdiction du transport sans motif légitime de certains équipements de protection individuelle et restrictions sur les produits inflammables : la préfecture multiplie les mesures préventives. Des moyens renforcés sont également annoncés à Béziers. Chantal Mauchet termine sur une profession de foi : « L’ordre public est un impératif dans une société démocratique pour garantir le libre exercice des libertés fondamentales. »

Après les interdictions des précédentes manifestations, la préfète offre un condensé de la doctrine préfectorale : autoriser le cortège négocié, interdire les rassemblements dans le centre et mobiliser d’importants moyens de surveillance.

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