[EDITO] 8 000 manifestants, 2 000 casseurs et 13 interpellations. Dans son bilan du 31 octobre, la préfecture de l’Hérault avance donc ces ou ses chiffres. Mais comment Chantal Mauchet est-elle parvenue à identifier un manifestant sur quatre comme casseur ?
Madame la préfète, si on prenait nos calculettes ! Dans votre communiqué du 31 octobre, vous affirmez que Montpellier a accueilli 8 000 manifestant·es, dont 2 000 casseurs. Un quart du cortège ! Ça, c’est une statistique qui mériterait quelques explications. Non ?
Comment vos services ont-ils procédé ? Un comptage individuel ? Une reconnaissance des auteurs de dégradations ? Ou une simple estimation des personnes considérées comme potentiellement violentes ? Votre communiqué ne fournit aucun élément permettant de comprendre ce chiffre. Est-ce un simple oubli ?
Aussi : malgré ces 2 000 casseurs présumés, vous annoncez seulement 13 interpellations. Cela ne signifie évidemment pas que seuls treize individus ont commis des infractions. Mais l’écart mérite mieux qu’une affirmation péremptoire. Non ?
En revanche, votre comptabilité des moyens policiers est remarquablement précise : 186 grenades lacrymogènes, 11 assourdissantes, quatre de désencerclement et six tirs de LBD. Soit 207 grenades et six tirs de lanceur de balles de défense. Pas un mot, pourtant, sur les éventuels blessés parmi les manifestants.
Vous décrivez les violences, les dégradations et les interventions policières. Mais vous ne dites rien des milliers de personnes venues manifester pacifiquement, malgré l’interdiction confirmée par la justice. Madame Mauchet, personne ne conteste que des violences aient pu être commises. Encore faut-il les documenter sans transformer une estimation invérifiable en vérité officielle.
Et la police à capuche, Madame la Préfète ? Sur l’esplanade Charles-de-Gaulle, vers 17 heures, des hommes encapuchonnés, équipés de fumigènes et de dispositifs lacrymogènes, ont été observés sans brassard apparent. Policiers en civil ou individus extérieurs aux forces de l’ordre ? Leur identité et leur rôle restent à établir. Votre communiqué, pourtant si précis sur les 2 000 casseurs présumés, n’en souffle mot. Qui étaient ces hommes et sous quelle autorité intervenaient-ils ? Mais surtout, pourquoi sont-ils allés au contact de jeunes manifestants, certes masqués, dans ce qui ressemble fort à une provocation destinée à les attirer dans l’Écusson, le centre historique de Montpellier ?
Police à capuche ??? #Montpellier : des hommes à capuche, équipés de fumigènes et de lacrymogènes, au milieu des CRS. Policiers en civil ou milice ? Sans brassard apparent, difficile de les identifier.
La manifestation interdite rassemble une foule festive et revendicative avant d’être provoquée sur l’esplanade vers 17h #Manifestation31octobre
LIRE 👉 https://t.co/Ow2C6uMPok— jp vallespir (@jpvallespir) November 1, 2026
Et finalement, Madame la Préfète, revenons à votre interdiction de manifester. Vous reprochiez aux organisateurs de ne pas disposer d’un service d’ordre suffisant pour garantir la sécurité du cortège. Pourtant, samedi, vos services ont mobilisé trois unités de force mobiles, les effectifs de la DIPN (Direction interdépartementale de la police nationale) et un canon à eau. Les moyens existaient donc pour intervenir massivement. FO rappelle qu’un parcours déclaré, concerté et encadré, aurait permis de mieux sécuriser la manifestation. Vous avez préféré l’interdire, puis déployer ces moyens pour la disperser. Donc à Montpellier, l’État avait les moyens de maintenir l’ordre. Il a surtout montré les moyens qu’il était prêt à employer pour empêcher de manifester.
