Sénatoriales 2026
À quelques jours du scrutin sénatorial, Alexia Laforge a présenté vendredi à Montpellier la philosophie de la liste de La France insoumise qu’elle conduira dans l’Hérault. À 32 ans, la psychologue en EHPAD et conseillère municipale de Castelnau-le-Lez fait du renouvellement une affaire de pratiques politiques, avec notamment les votes des sénateurs sortants sur les textes Duplomb et Ripost.
« On est à un moment où il faut faire des choix », propose Alexia Laforge et ramène le rôle de la chambre haute du Parlement français à la réalité de son pouvoir législatif, là où les sortants et leurs équipes pratiquent la câlinothérapie avec les grands electeur·trices. Entourée d’Antoine Bertrand, Suzon Oliver, Chantal Boller et Nicolas Farrié, la tête de liste insoumise assume la confrontation avec le bilan des sénateurs sortants de l’Hérault. La liste compte également Pierre Blondeau, absent de la conférence de presse.
Pour l’insoumise, il ne suffit plus d’envoyer au Palais du Luxembourg des élus chargés de défendre les collectivités. Encore faut-il savoir ce qu’ils votent une fois arrivé à Paris. « Une sénatrice ou un sénateur doit évidemment être le relais des élus locaux à Paris, ce que je serai, mais elle ou il doit aussi être capable de défendre l’intérêt général lorsque celui-ci se heurte aux intérêts économiques, financiers et industriels », affirme Alexia Laforge.
Le terroir dans les discours, les pesticides dans le scrutin !
Quand les sénateurs Cabanel, Bilhac et Grand votent contre la protection de la santé d’un territoire, c’est là qu’Alexia Laforge porte l’attaque la plus sévère sur ces sortants : « à quoi sert de se présenter comme le défenseur de l’Hérault si, une fois au Sénat, on vote des textes qui affaiblissent les protections sanitaires ou environnementales ? » Pour la candidate insoumise, les votes sur la loi Duplomb sont devenus le symbole de cette contradiction.
Henri Cabanel est sénateur, mais aussi viticulteur. Pourtant, lorsqu’il a fallu arbitrer sur le texte définitif de la loi Duplomb, le 2 juillet 2025, il a voté pour. Christian Bilhac également. Deux élus qui revendiquent leur ancrage territorial ont donc soutenu un texte qui prévoyait notamment la réintroduction, sous conditions, de l’acétamipride, insecticide néonicotinoïde interdit en France depuis 2018. Le terroir dans les discours, les pesticides dans le scrutin : pour Alexia Laforge, c’est précisément cette politique-là qu’il faut sortir du Sénat.
Jean-Pierre Grand n’est pas davantage épargné. Soutien de la loi Duplomb, le sénateur LR s’était déjà illustré sur un autre sujet particulièrement sensible dans l’Hérault : la précarité étudiante. Le 13 décembre 2023, il a voté contre la proposition de loi qui devait instaurer une allocation universelle d’études, rejetée par le Sénat par 228 voix contre 103. Dans un département où Montpellier concentre des dizaines de milliers d’étudiants, le vote raconte aussi une conception de la solidarité.
Autre cas pointé par LFI : Hussein Bourgi. Sur la loi Ripost, portée par Laurent Nuñez au nom d’un « choc d’autorité », le sénateur de l’Hérault a voté pour le texte et assumé publiquement sa divergence avec une partie de son groupe. Un choix que les insoumis entendent mettre sous les yeux des grands électeurs et électrices. Car derrière les arrangements entre étiquettes politiques, Alexia Laforge veut ramener cette élection aux actes.
LFI veut déplacer la campagne sur le terrain le plus inconfortable pour les sortants : non pas ce qu’ils promettent aux élus locaux lorsqu’ils parcourent l’Hérault, mais « ce qu’ils votent réellement lorsqu’ils sont à Paris ». Ces votes matérialisent ce qu’Alexia Laforge veut changer : « le temps où on accompagnait sans fin les politiques néolibérales en demandant ensuite aux élus locaux d’en gérer les conséquences doit être derrière nous. » Puis elle enchaîne, dérèglement climatique, crise agricole et de l’eau, vieillissement, déserts médicaux, recul des services publics : « tout ça est déjà arrivé dans nos communes. »
« Papy, si tu ne votes pas l’IVG… »
Sylvain Carrière apporte alors l’anecdote qui résume peut-être le mieux le décalage politique de certains sénateurs. Le député LFI raconte avoir vu des sénateurs initialement hostiles à la constitutionnalisation de l’IVG revenir après une discussion familiale : « J’ai mangé avec ma petite-fille ce week-end », raconte-t-il, avant de rapporter cet avertissement : « Papy, si tu ne votes pas la constitutionnalisation de l’IVG, je ne te parle plus. » Ce que les insoumis mettent en cause, c’est une manière d’exercer le mandat : des élus installés dans les équilibres du Sénat sont parfois rattrapés par les évolutions de la société jusque dans leur propre famille.
« L’élu est un obligé du peuple » Nicolas Farrié
« On a quand même senti que le renouvellement était important », explique Suzon Oliver après les rencontres avec les grands électeur·trices. Un renouvellement que la liste veut aussi inscrire dans la manière d’exercer le mandat. Pour Nicolas Farrié, élu d’une commune rurale de 550 habitant·es, « l’élu est un obligé du peuple ». Le mandat, insiste-t-il, doit avoir un contenu et engager celui qui le reçoit. Une conception plutôt raccord avec le nom choisi pour la liste : « Faisons entrer le programme du NFP au Sénat ».
Ancienne fonctionnaire territoriale, Chantal Boller défend de son côté le retour des services publics au contact de la population : « rétablir des humains à l’accueil des humains ». Les agents publics, rappelle-t-elle, ont choisi leur métier « pour être au service de la population ».
Suzon Oliver revient, elle, aux moyens laissés aux collectivités. « On ne peut pas à la fois amputer le budget des communes et leur demander de renforcer leurs attributions et leurs compétences », souligne l’enseignante et syndicaliste, qui cite notamment la sécurité civile. Une façon de rappeler que derrière les discours sur la défense des communes, les moyens qu’on leur laisse réellement pour agir sont ce qu’il y a de plus important.
Alexia Laforge promet « la clarté »
Alexia Laforge veut précisément faire de cette rupture son contrat avec les grands électeurs et électrices. Sylvain Carrière résume la promesse en une formule : « avec nous, c’est la clarté, c’est carré. »
Derrière le décor feutré d’une élection sénatoriale au suffrage indirect, LFI lance ce sujet : à quoi sert d’élire un sénateur de l’Hérault si ses votes à Paris finissent par s’éloigner de l’intérêt général et de celui du territoire ? Le 27 septembre, les 2 729 grands électeur·trices voteront à bulletin secret. Les votes des sénateurs qu’ils auront élus, eux, seront publics.
Julia Mignacca rappelle que les citoyen·nes ne sont donc pas totalement absents de cette élection : ils peuvent interpeller leurs élus locaux et regarder, demain, ce que leur choix aura produit au Sénat. Et si le résultat ne leur convient pas, ils sauront à qui demander des comptes : à celles et ceux qu’ils ont élus dans leurs communes et qui, le 27 septembre, auront voté en leur nom.
Une dynamique nationale
La campagne sénatoriale se joue aussi avec la Présidentielle de 2027. Jean-Luc Mélenchon dispose aujourd’hui d’un socle électoral particulièrement stable : la dernière enquête Ipsos BVA-CESI le situe entre 15,5 % et 17 % des intentions de vote et en tête chez les 18-34 ans où il dépasse 40 %. Parmi les électeurs se déclarant proches de LFI, 95 % disent vouloir voter pour Jean-Luc Mélenchon. À la Fête de l’Humanité, quelques jours plus tôt, LFI avait également affiché sa capacité de mobilisation autour de sa candidature présidentielle.
Cette dynamique nationale donne un relief particulier au scrutin héraultais : pour les grands électeur·trices proches du programme du NFP, envoyer Alexia Laforge au Sénat permettrait de disposer d’un relais parlementaire de cette ligne politique avant même la présidentielle. Le pari de LFI est donc aussi celui-là : transformer une dynamique présidentielle en représentation au Sénat, où le mouvement ne compte aujourd’hui aucun élu.
