« Rapport Alloncle », l’illustre descendant Bolloré a-t-il réussi à embrouiller la commission ?

Charles Alloncle et Jérémie Patrier-Leitus commission d’enquête - Photo - DR AN
Charles Alloncle et Jérémie Patrier-Leitus commission d’enquête - Photo - DR AN

Le vote est passé de justesse. Après plus de quatre heures de débats sous tension, la commission d’enquête parlementaire sur « la neutralité, le fonctionnement et le financement de l’audiovisuel public » a validé, lundi 27 avril, le rapport du député Charles Alloncle par 12 voix contre 10, avec 8 abstentions. Le document sera rendu public le 4 mai.

Derrière ce vote serré, c’est une bataille idéologique beaucoup plus large qui se joue autour de France Télévisions, Radio France ou encore France Médias Monde. Le rapport porté par l’élu ciotiste de l’Hérault ne se contente pas de proposer des économies budgétaires. Il recommande une transformation radicale du paysage audiovisuel public français : suppression d’un quart du budget du secteur, fusions de chaînes et de radios, baisse massive des budgets du sport et du divertissement, mais aussi retour à une nomination des dirigeants par le président de la République.

Alloncle, le « nouveau pantin Bolloré » ?

Pour plusieurs députés de gauche, syndicats et responsables de l’audiovisuel public, ces propositions sonnent le retour de l’époque de l’ORTF, lorsque l’exécutif contrôlait étroitement la télévision publique. Ce que certains appellent déjà le « nouveau pantin Bolloré » laisse un rapport qui installe un malaise tant il est imprégné des échanges entre des députés et des représentants du groupe Lagardère, contrôlé par Vincent Bolloré.

Certains voient Charles Alloncle comme le relais d’une stratégie Bolloré. Depuis plusieurs années, Vincent Bolloré mène une stratégie assumée de conquête médiatique à travers Canal+, CNews, Europe 1, le JDD ou Paris Match. Ses médias défendent régulièrement une ligne très critique envers l’audiovisuel public, accusé d’être trop coûteux et idéologiquement marqué à gauche.

Or, les orientations du rapport Alloncle rejoignent largement ces critiques : réduction massive des moyens du service public, recentrage éditorial et remis en cause de son indépendance institutionnelle.

À gauche, plusieurs élus parlent désormais ouvertement d’une « guerre culturelle » inspirée des méthodes observées aux États-Unis ou en Italie : affaiblir les médias publics pour renforcer des groupes privés idéologiquement marqués.

Entre colère et malaise

Le malaise ne vient pas seulement des mesures proposées. Plusieurs parlementaires dénoncent surtout les méthodes employées pendant les auditions et la tonalité du rapport lui-même. Selon Le Monde, certain·nes élu·es ont découvert dans les près de 400 pages des attaques personnelles contre des dirigeantes de l’audiovisuel public, notamment Delphine Ernotte et Sibyle Veil. Des député·es évoquent aussi des auditions transformées en « tribunal politique ».

Mais un autre élément a encore davantage tendu l’atmosphère : la révélation d’échanges entre des députés et des représentants du groupe Lagardère, contrôlé par Vincent Bolloré. Le 26 avril, Le Monde révélait que la direction des affaires institutionnelles de Lagardère News avait transmis à plusieurs parlementaires des listes de questions hostiles avant certaines auditions. Radio France a immédiatement demandé « toute la lumière » sur d’éventuelles collusions faites pour fragiliser un concurrent direct.

« Ça fait 204 ans que ça dure… » Vincent Bolloré

Mais l’on peut aussi s’étonner des questions posées à Vincent Bolloré, lui aussi reçu en commission. Elles sont servies sur un plateau. Séquences, que l’on pourrait appeler : « quand le laquais interroge son maître » tout à fait opposable à d’autres que l’on pourrait intituler « quand le roquet interroge ses cibles. » Et c’est dans ce contexte que le nom de Vincent Bolloré revient désormais au cœur des critiques.

Et comme le dit l’intéressé : « ça fait 204 ans que ça dure et j’espère que ça va durer encore un petit moment. Je dis souvent, on a connu 3 rois, 1 empereur, 26 présidents de la République. On va se débrouiller quoi ! » Alors question : l’illustre descendant Bolloré a-t-il réussi à embrouiller la commission ?

[VIDEO] Bolloré, victime depuis plusieurs générations des rois et des présidents :

La commission d’enquête

Créée le 28 octobre 2025 à l’initiative du groupe Union des droites pour la République (UDR), via son « droit de tirage » parlementaire, la commission d’enquête sur « la neutralité, le fonctionnement et le financement de l’audiovisuel public » réunit 30 députés de tous les groupes politiques ainsi qu’un non-inscrit. Présidée par Jérémie Patrier-Leitus (Horizons), elle a désigné comme rapporteur Charles Alloncle (UDR), député de l’Hérault.

La commission avait pour mission d’examiner l’organisation éditoriale du service public audiovisuel, de vérifier l’objectivité des décisions internes : recrutements, nominations ou sanctions, mais aussi de rechercher d’éventuelles pressions politiques, conflits d’intérêts ou influences extérieures. Elle devait également analyser l’utilisation des 4 milliards d’euros de budget annuel de l’audiovisuel public.

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