Annie Genevard doit-elle démissionner ? Le déjeuner Bolloré : de la maladresse à la faute politique

Annie Genevard à l'Assemblée nationale - Photo - DR AN
Annie Genevard à l'Assemblée nationale - Photo - DR AN

Il y a les maladresses politiques. Et puis il y a les fautes politiques qui disent quelque chose d’un climat, d’une époque, d’un pouvoir qui glisse. La présence d’Annie Genevard à un déjeuner organisé par Vincent Bolloré, en compagnie notamment de l’ancienne patronne de RT France Xenia Fedorova, relève de cette seconde catégorie.

La ministre de l’Agriculture affirme aujourd’hui qu’elle ne savait pas. Que « les noms problématiques avaient été cachés ». Qu’elle n’est restée « que 45 minutes ». Qu’il n’y avait « ni geste politique ni volonté quelconque ». Défense fragile. Car un ministre n’est jamais « seulement » à un déjeuner privé. Un ministre représente l’État partout où il se trouve.

Le problème n’est pas seulement Vincent Bolloré et son Institut de l’espérance, think tank lancé pour peser idéologiquement sur la présidentielle de 2027. Le problème est aussi le casting. Xenia Fedorova n’est pas une chroniqueuse anodine. Ancienne dirigeante de RT France, média interdit dans l’Union européenne depuis l’invasion de l’Ukraine, elle défend depuis des années les narratifs du Kremlin.

Dans ce contexte, voir une ministre de la République partager la table d’une figure de la propagande russe pose un vrai problème politique. D’autant plus dans un pays comme la France qui soutient officiellement l’Ukraine et dont les responsables multiplient les mises en garde contre les ingérences étrangères.

Indiscutablement, Annie Genevard n’était pas à sa place dans cette réunion mêlant stratégie d’influence conservatrice et réseaux médiatiques bolloréens. Question à la ministre : peut-on combattre l’influence russe dans les discours officiels tout en fermant les yeux lorsqu’elle s’invite dans les salons du pouvoir ?

Le plus troublant reste peut-être ailleurs. Annie Genevard explique que certains noms n’apparaissaient pas sur la liste des invités. Autrement dit : une ministre de la République aurait été conviée à une opération d’influence politique sans connaître précisément les participants. Si cela est vrai, c’est inquiétant. Si cela est faux, c’est pire.

La question d’une démission peut légitimement se poser. Pas seulement pour sanctionner une présence embarrassante, mais parce que cette affaire révèle les ambiguïtés d’une partie de la droite gouvernementale face aux réseaux d’influence qui gravitent autour de Vincent Bolloré et de l’union des droites à l’approche de 2027.

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