Dans la compétition qui oppose le maire d’Agde au maire de Béziers pour décrocher la médaille de la plus grosse provocation susceptible de faire le buzz, Aurélien Lopez-Ligori a pris l’initiative, pour instrumentaliser l’Histoire de France, d’inviter un chroniqueur de la sphère bolloriste et d’ériger une stèle en hommage « aux victimes du communisme ». Il ne brille pas par son imagination puisque c’est le maire RN de Saint-Raphaël (Var) qui a inauguré en premier en août 2025 ce type de monument digne de la propagande pétainiste.
Le maire d’Agde, ancien député RN, a pris pour prétexte à cette opération de communication l’anniversaire de la chute du Mur de Berlin. Or en France où le communisme n’a fait aucune victime, brandir cette idéologie comme une menace ou une tragédie est historiquement associé à la collaboration avec les nazis. Devant cette renversante opération, les réactions n’ont pas tardé.
Nombreuses et vives réactions
L’élu d’opposition Sébastien Escalier (Nouvelle Energie) a déclaré « Quelle ironie de voir un maire RN convoquer les heures sombres de l’histoire des autres tout en laissant dans l’ombre celles de sa propre famille politique ! Les travaux de l’historien Olivier Dard, historien français, spécialiste de l’extrême droite française, rappellent pourtant une histoire que certains préféreraient oublier, celle d’un Front national fondé en 1972 avec le concours du mouvement néofasciste Ordre nouveau et de personnalités comme Pierre Bousquet, ancien Waffen-SS, ou François Brigneau, ancien milicien ».
Au nom de la fédération du PCF, Clara Gimenez a réagi aux amalgames effectués par le maire entre violences et mouvement social, en dénonçant » l’hypocrisie sociale du RN. Une démonstration supplémentaire de l’ADN anti-populaire d’un parti, héritier de ceux qui préfèrent Hitler au Front populaire. C’est dans les Bourses du travail et non devant les sièges du RN que se trouvent les plaques commémoratives d’une classe ouvrière restée dans sa masse fidèle à la France profanée et à ses militants tombés sous l’occupation. Nous rappelons que, dans notre pays, les communistes sont fiers de n’avoir sur les mains que le sang des miliciens et autres collaborateurs de Vichy. »
La France Insoumise de l’Hérault s’est également exprimée. » Le Rassemblement national entend ainsi installer dans l’espace public une lecture partisane de l’Histoire : celle qui consiste à réduire des décennies de luttes sociales, de conquêtes démocratiques et d’engagements populaires à une seule référence politique, en entretenant volontairement la confusion entre les crimes de dictatures et l’histoire du mouvement communiste français. Nous refusons ces amalgames, » a-t-elle indiqué. « L’Histoire de France ne se réécrit pas au gré des stratégies de communication du Rassemblement national« . Rappelant l’engagement de milliers de communistes dans le combat contre le nazisme et l’Occupation, le communiqué renvoie lui aussi le Rassemblement national à sa filiation aux milieux collaborationnistes et de l’extrême droite. « À Agde comme ailleurs, nous refusons que l’Histoire soit utilisée pour diviser les habitants, opposer les mémoires et banaliser les héritages de l’extrême droite. La France insoumise de l’Hérault défend une mémoire populaire, plurielle et fidèle à la vérité historique. Une mémoire qui rassemble autour des valeurs de liberté, d’égalité, de solidarité et de démocratie« .
Réunies le 3 novembre 2026, les sections, mouvements locaux et groupes d’action du PCF, LFI, le PS, Génération•s, la LDH 34, SUD, l’UL CGT Agde/Pézenas, FSU 34, le PRCF, ont déclaré par un communiqué commun s’opposer avec la plus grande fermeté à la pose et à l’inauguration d’une stèle à « la mémoire des victimes des crimes du communisme ».
Les seules victimes en France sont celles des nazis
« Comme aux plus forts moments de l’occupation nazie et de la collaboration vichyste, la haine du communisme réapparaît alors que dans notre ville, les seules victimes de l’occupation ont été faites par l’armée nazie » proclament ces partis et associations. Elles rappellent que : « Des résistants agathois, notamment André Chassefière et Louis Bages, ont été fusillés ou tués dans les combats par les nazis. Le camp d’Agde, de sinistre mémoire, symbolise aussi la répression envers les combattants républicains espagnols. Les plaques de nos rues en portent la mémoire« .
Ensemble, elles dénoncent une opération politicienne qui marque un retour aux heures les plus sombres de notre histoire. « Il s’agit, pour M. Lopez-Ligori, de propager une idéologie mensongère et diffamante en tentant de réécrire l’Histoire de notre pays. Cette inauguration s’accompagne de la venue d’un chroniqueur de CNews et Valeurs Actuelles sur la ville d’Agde pour propager les idées nauséabondes de l’extrême droite avec une conférence intitulée « communisme danger d’hier et d’aujourd’hui». Il est vrai que M. Lopez-Ligori, élu d’un parti fondé par deux anciens collaborateurs membres de la Waffen SS et par un homme condamné maintes fois pour ses propos racistes et antisémites, est très mal placé pour juger du devoir de mémoire des victimes dans le monde. » Les signataires disent approuver l’initiative de la liste d’opposition « Cent pour cent Agde » qui entame une procédure relative à l’illégalité de cette décision du maire.
Le PCF, LFI, le PS, Génération•s, la LDH 34, SUD, l’UL CGT Agde/Pézenas, FSU 34, le PRCF, appellent « l’ensemble de la population attachée aux valeurs démocratiques et républicaines » à se rassembler à Agde : le dimanche 8 novembre à 11 heures devant la statue de la République, en haut de promenade, à 18h30 avant la conférence devant le palais des festivités, 19 avenue Paul Balmigère, et le lendemain le lundi 9 novembre à 17h contre l’inauguration de la stèle boulevard du St Christ, sous le pont de la départementale, direction le Grau d’Agde.
