Sénatoriales 2026
Six ans après les 149 voix obtenues par leur liste aux sénatoriales dans l’Hérault, Les Écologistes veulent plus que doubler la mise et décrocher l’un des quatre sièges en jeu le 27 septembre. Mardi à Montpellier, la liste conduite par Agnès Gizard-Carlin a dévoilé sa stratégie : labourer les communes, profiter d’un collège électoral renouvelé et convaincre au-delà des appartenances partisanes. Avec dans l’équation : les divisions du PS et un rendez-vous manqué avec les Insoumis.
Ce 8 septembre 2026, un chiffre résonne encore : 149 voix. C’est le score obtenu en 2020 par « Écologie et territoires d’Hérault », conduite par Zina Bourguet : 6,02 % des suffrages. Aucun siège. Cette année-là, les quatre listes ayant décroché un siège au Palais du Luxembourg avaient recueilli entre 315 et 561 voix.
En 2026, les écologistes estiment donc devoir approcher les 300 voix pour espérer décrocher un siège. « On n’est pas les favoris de cette élection, mais il y a une possibilité », reconnaît Silvain Pastor, élu écologiste municipal et communautaire du bassin de Thau. Pour lui : doubler à peu près le résultat de 2020, « c’est jouable ».
Pour y parvenir, Agnès Gizard-Carlin, conseillère municipale de Pézenas, s’appuie sur Saïd Bouya, Élisabeth Jaune, Philippe Hippert, Lise Florès et Silvain Pastor. Depuis trois mois, iels sillonnent l’Hérault à la rencontre des maires et conseillers municipaux, avec une certitude : le scrutin pourrait être moins verrouillé par les appareils qu’autrefois.
Les Écologistes disent avoir rencontré des maires issus de listes citoyennes laissant désormais leurs grands électeurs libres de leur vote. Iels espèrent aussi profiter du renouvellement intervenu lors des municipales et d’élus confrontés directement aux sécheresses, incendies, inondations ou difficultés financières de leurs communes.
Les communes plutôt que les appareils
C’est le cœur de la campagne : partir « du local pour décider au global ». Les candidats racontent des petites communes sommées de s’adapter au changement climatique sans disposer des moyens financiers ou humains nécessaires.
Lise Florès rapporte ainsi les mots d’un maire de Villeneuvette : « Ce ne sont pas les moyens qui me manquent […] ce qui me manque, c’est l’ingénierie. Donnez-moi des moyens humains. » Élisabeth Jaune défend la création d’un fonds national permanent d’adaptation climatique. Agnès Gizard-Carlin veut remettre l’eau, sa gestion publique et la préservation de la ressource au centre des politiques publiques. Derrière cette écologie territoriale se dessine aussi une critique du fonctionnement institutionnel. Philippe Hippert cite le futur incinérateur de CSR de Montpellier pour dénoncer des communes mises devant le fait accompli. Silvain Pastor va plus loin et appelle à en finir avec le « jacobinisme et le centralisme à la française », jusqu’à défendre un « fédéralisme intégré à l’échelle européenne » et davantage d’autonomie pour les régions.
Bourgi-Brutus-Manenc, PS et centre gauche en déséquilibre ?
La bataille est aussi politique. Les Écologistes espèrent profiter des divisions et des mille étiquettes de la gauche sociale-démocrate. Lise florès marque également sa différence avec ce qu’elle appelle « ce PS du sud de la France ». LGV, A69, bétonisation, agriculture : Agnès Gizard-Carlin revendique un projet « social, mais vraiment social », et non « social-libéral ». La bataille se joue aussi dans un espace politique d’une gauche centriste dispersée. En 2020, cette dispersion n’avait d’ailleurs pas empêché Hussein Bourgi, Christian Bilhac et Henri Cabanel de décrocher chacun un siège, avec respectivement 561, 356 et 315 voix.
Six ans plus tard, parmi les trois élus de gauche ou du centre gauche de 2020, seul Hussein Bourgi repart. Le sénateur PS conduit une liste associant socialistes, communistes, et Place Publique, avec Julie Frêche en deuxième position. Mais plusieurs candidatures lui disputent désormais cet espace. Florence Brutus, vice-présidente radicale de gauche de la région Occitanie et ancienne numéro deux de Christian Bilhac, mène sa propre liste avec le soutien du sénateur sortant. Aurélien Manenc conduit de son côté une liste sur laquelle figurent notamment plusieurs élus issus du PS ainsi que le président du Département, Kléber Mesquida.
C’est dans cette recomposition que les écologistes espèrent trouver une partie des quelque 150 voix supplémentaires nécessaires à leur élection. Silvain Pastor y voit de « grands barons socialistes » occupés à se disputer les places et parie sur de grands électeurs ruraux lassés des logiques d’appareil. La fragmentation semble bien réelle.
Avec le retrait de Bilhac et celui d’Henri Cabanel, ce sont surtout les 671 suffrages obtenus par leurs deux listes en 2020 qui n’ont plus de destination évidente. Ils ne constituent évidemment pas un réservoir homogène et encore moins une réserve de voix écologistes. Mais leur redistribution pourrait décider de l’attribution des quatre sièges.
Pour Agnès Gizard-Carlin, l’enjeu est précisément là : convaincre qu’une partie de ces grands électeurs peut désormais choisir une liste écologiste plutôt que reproduire les déséquilibres politiques de 2020. La référence à 2020 reste amère : Zina Bourguet avait porté la liste écologiste et ses 149 voix avant de choisir, quelques mois plus tard, de soutenir Carole Delga dès le premier tour des régionales de 2021, face à la liste EELV conduite par Antoine Maurice. Gizard-Carlin entend cette fois inscrire la candidature écologiste dans une ligne autonome vis-à-vis de la majorité régionale.
Avec LFI, l’accord qui n’a pas eu lieu
Les discussions avec La France insoumise ont pourtant bien existé. Et les écologistes ne cachent pas qu’une liste commune « aurait été bienvenue ». Silvain Pastor reconnaît que les Insoumis « ne sont pas les plus éloignés » des Écologistes et estime qu’ils se sont « écologisés au fil des ans ». Mais il leur adresse aussi une pique : ces sénatoriales auraient pu être l’occasion de démontrer qu’ils savaient « jouer collectif ».
Son raisonnement est arithmétique : LFI ayant peu de chances, selon lui, d’obtenir seule un siège dans l’Hérault, ses voix auraient pu permettre « d’arracher une sénatrice » écologiste, argument qui peut facilement se retourner. « Malheureusement, on n’a pas eu une réponse là-dessus », regrette-t-il, tout en précisant que les discussions sont restées cordiales et se poursuivent en vue de 2027.
La liste assume donc de partir seule. En 2020, les écologistes avaient trouvé 149 grands électeurs. En 2026, ils en cherchent deux fois plus. Entre affaiblissements des disciplines partisanes, divisions à gauche et urgence climatique devenue réalité quotidienne des communes, ils pensent l’espace ouvert. Le 27 septembre dira si ce pari relève de l’optimisme de campagne ou si, dans l’Hérault, le parti EELV-Les Écologistes peut devenir une force sénatoriale.
