Écologie : « Le temps est venu de choisir son camp ! » Julia Mignacca

AMFIS 2026 Conférence Écologies, le temps de la clarification - Photo - PLURIELLE INFO
AMFIS 2026 Conférence Écologies, le temps de la clarification - Photo - PLURIELLE INFO

Pourquoi l’urgence climatique, désormais documentée et vécue concrètement, ne produit-elle toujours pas de majorité politique écologiste ? Aux Amfis de La France insoumise, la conférence « Écologies, le temps de la clarification » a rapidement dépassé le constat. Entre critique du capitalisme, modes de vie et écologie populaire, Julia Mignacca, porte-parole des Verts populaires et ancienne dirigeante des Écologistes, a surtout lancé un appel à ses anciens camarades : à l’approche de 2027, « le temps est venu de choisir son camp ».

« Ne soyez pas effrayés par Clément. » Julia Mignacca sourit, mais l’invitation adressée aux écologistes présents dans le public est très politique. Quelques minutes auparavant, Clément Sénéchal, auteur de Pourquoi l’écologie perd toujours, vient de livrer une charge sévère contre l’écologie institutionnelle et le parti Les Écologistes. Pour lui, le problème vient d’une écologie progressivement « séparée de la lutte des classes », de la critique du capitalisme, des classes populaires et de l’engagement collectif.

L’ancien salarié de Greenpeace pousse le raisonnement jusqu’au bout : « Le seul objectif politique pertinent aujourd’hui de l’écologie, c’est de faire perdre la bourgeoisie. » Sa cible est aussi cette écologie des petits gestes qui transforme une question politique en responsabilité individuelle. « La sensibilisation est un réflexe qui va amener progressivement la dépolitisation », affirme-t-il. À vouloir convaincre tout le monde, l’écologie finirait par évacuer les conflits, les rapports de force et la question de savoir qui possède les moyens de production.

Julia Mignacca appelle les écologistes à choisir

Julia Mignacca reprend la balle au bond. Celle qui présidait encore récemment le conseil fédéral des Écologistes a quitté le parti pour cofonder les Verts populaires. Pour elle, toutes les écologies ne sont précisément pas compatibles : « il y a des écologies réactionnaires, il y a l’écologie libérale et puis l’écologie de la planification écologique. » Les réunir dans une même organisation reviendrait à masquer des objectifs politiques contradictoires.

La porte-parole des Verts populaires pose alors la question qui traverse toute la conférence : « Qui va payer la transition ? C’est qui qui décide ? C’est qui qui va gagner avec cette crise écologique et qui va perdre ? » Sa réponse est celle de la construction d’un camp social : ceux qui subissent à la fois les crises sociale et écologique auraient intérêt à mener le même combat.

Et c’est là que la « clarification » s’impose. « Je parle à mes camarades chez les écolos : le temps est venu de choisir son camp. On ne pourra pas faire durer indéfiniment. » Un message difficile à détacher de la présidentielle de 2027 alors que les Verts populaires ont, eux, déjà choisi de participer à la campagne de Jean-Luc Mélenchon.

[VIDEO] Interview de Julia Mignacca :

« On vit là où notre banque nous autorise à vivre »

Margot Medkour ramène cette bataille idéologique au terrain. Militante à Nantes, elle attaque une écologie métropolitaine qui végétalise les centres-villes tout en repoussant toujours plus loin celles et ceux qui les font fonctionner. Sa formule résume le mécanisme : « on ne vit plus là où on a envie de vivre, on vit là où notre banque nous autorise à vivre. »

La voiture devient alors moins une faute individuelle que la conséquence de choix d’aménagement. Pour Medkour, il faut « partir des besoins, partir de nos vies collectives, les politiser et faire des propositions radicales derrière ». Et surtout proposer un horizon désirable. Citant une formule issue des luttes des quartiers populaires : « laissez-nous goûter déjà au capitalisme, après on vous dira si on ne l’aime pas », elle la retourne : « Laissez-nous goûter à la société écologiste et on vous dira si on aime. »

Une promesse de mode de vie

Mathieu Saujot, coordinateur à l’Iddri, apporte un contrepoint qui converge sur un point essentiel : l’écologie ne deviendra pas majoritaire en demandant simplement aux individus de changer : « on a fait de l’écologie une question d’identité. Ça, c’est un énorme problème ». L’automobiliste, le consommateur de viande ou l’habitant d’un logement énergivore ne choisissent pas seuls les infrastructures qui structurent leur quotidien. Les culpabiliser sans leur donner les moyens matériels de changer produit frustration et rejet.

Surtout, rappelle Mathieu Saujot, « derrière un projet de société, il y a une promesse de mode de vie ». Et toute transformation produit « des gagnants et des perdants ». La condition de son acceptation tient donc en un mot : l’équité.

Julia Mignacca revient à la ligne de fracture. À ses yeux, crise sociale, crise démocratique et crise écologique ne constituent pas trois combats concurrents, mais « une seule crise ». Et à quelques mois de 2027, l’ancienne dirigeante écologiste transforme le titre de la conférence en appel politique : « Le temps est venu de faire un choix et de nous rejoindre. » La clarification ne porte plus seulement sur l’écologie. Elle porte sur le pouvoir.

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