Coup de tonnerre en plein festival de Cannes. Une tribune lancée sur Libération : ZapponsBolloré et signée par plus de 600 professionnels du monde du cinéma (acteurs, réalisateurs, producteurs) crée une onde de choc face au projet de Canal + d’acquérir toutes les salles de cinéma UGC, le plus grand réseau de salles en France.
Les trois premiers exploitants Pathé, CGR et UGC détiennent à eux seuls 1/3 des parts du marché.
Actuellement, Canal + en détient 35 % avec le projet d’en détenir 100 % en 2028. Derrière Canal +, le groupe Bolloré est visé. Il détient actuellement 35 % des parts de Canal + qui est le premier financeur du cinéma français (155 millions d’euros investis dans les longs-métrages français en 2025).
Au travers de sa société Studio Canal, Canal+ participe à toutes les étapes de la vie du cinéma : préfinancement, diffusion TV, production, distribution et exploitation en salle.
Les signataires redoutent la main mise d’un patron d’extrême droite sur le monde du cinéma qui concentrerait des pouvoirs énormes sur ce secteur et qui serait en mesure de contrôler toute la chaîne de fabrication d’un film comme il exerce déjà un monopole sur le monde des médias, des organes de presse et des maisons d’édition avec des conséquences déjà bien visibles sur le contrôle de l’information et de la culture.
La peur d’un virage idéologique
Anna Vinuela, maîtresse de conférence en études cinématographiques à l’université de Sorbonne Nouvelle, s’inquiète de l’influence idéologique potentielle de Vincent Bolloré. « Beaucoup redoutent qu’à terme, les choix éditoriaux ou les films soutenus puissent être influencés par une ligne plus conservatrice. » L’universitaire cite notamment le précédent du film « Grâce à Dieu » de François Ozon, autour duquel des tensions ont existé en interne en raison de son sujet sur l’Église catholique. Récemment dans l’édition, le licenciement brutal du patron de Grasset, Olivier Nora, a provoqué la peur qu’un virage idéologique semblable ait lieu dans le cinéma.
Le CNC (Centre Nationale du Cinéma) est un organisme placé sous l’autorité du ministère de la Culture qui s’autofinance grâce à la taxe de 10,7% qu’il perçoit sur le prix de chaque billet vendu y compris les blockbusters. Il les réinjecte dans la production nationale.
Avec la prise de pouvoir du groupe Bolloré sur le monde du cinéma, il pourrait y avoir aussi un risque que le CNC devienne un organisme privé aux mains d’une idéologie d’extrême droite, ce qui entraînerait l’absence de diversité dans le cinéma et la fermeture des cinémas de proximité. D’ores et déjà, une pétition pour la défense des cinémas de proximité a été lancée.

