À quelques heures du conseil municipal prévu le jeudi 9 juillet, la tension monte à Montpeyroux. Dans un communiqué adressé à la presse et aux services de l’État, les deux élu·es de l’opposition de gauche alertent sur une succession d’événements qu’ils estiment préoccupants pour la sérénité du débat démocratique. Un rassemblement citoyen « contre la banalisation des propos sexistes » s’organise.
L’affaire trouve son origine lors du conseil municipal du 5 juin dont l’objet était d’élire les « grands électeurs » pour les élections sénatoriales de septembre prochain. Alors qu’une urne rencontrait des difficultés d’ouverture, un conseiller municipal de la majorité aurait déclaré : « C’est comme les femmes, faut taper dessus » [Sous-entendu « pour qu’elle s’ouvre »].
Enfin une vraie opposition
Les deux jeunes conseiller·es élu·es sur la liste « Montpeyroux Debout » ne sont pas vraiment surpris, mais ne pouvaient laisser passer un tel outrage sexiste. Leur liste a justement été constituée par des habitant·es pour sortir de la routine gestionnaire et « offrir un vrai choix » face à deux listes dites apolitiques, mais clairement à droite, « et même très à droite pour certains » précisent Guillaume Rey , un des plus actifs animateurs du collectif citoyen. « On n’a pas gagné les élections, mais on a obtenu 2 sièges et ça permet de montrer d’autres manières de voir les choses, de gérer la commune et d’autres propositions » souligne Anaïs Leboeuf qui a fait son entrée au conseil municipal. Avec son collègue et colistier Xavier Borski, tous deux affirment avoir immédiatement réagi et demandé que ces propos sexistes figurent au procès-verbal. Ielles précisent également que leur auteur les aurait assumés publiquement et s’est même dit prêt à les répéter. Pour Anaïs Leboeuf, « le plus violent, c’est l’absence totale de réaction dans l’assemblée« , pas même un rappel à l’ordre de la présidence de séance !
Quand une tribune à visée pédagogique est taxée « d’incitation à la haine »
Indigné·es par ce silence qui vaut consentement à la saillie d’un élu connu pour ses penchants d’extrême droite, ces mêmes élu·es d’opposition de gauche ont transmis dans les jours qui ont suivi une tribune destinée au bulletin municipal afin de dénoncer le caractère sexiste de ces propos et l’absence de réaction de l’exécutif. Ils indiquent que la maire, Pauline Curtan, a refusé sa publication, estimant qu’elle constituait une « incitation à la haine » et qu’elle était « contraire à l’ordre public ». Un comble ! Singulière inversion des torts, comme si le fait de faire le parallèle entre une urne et une femme qu’il faudrait taper pour qu’elle s’ouvre ne constituait pas des propos haineux alors qu’à l’inverse, Anaïs Leboeuf souligne « la visée pédagogique de cette tribune » qui explique en quoi ces propos ne sont pas acceptables. Bien entendu, les élu·es contestent cette décision de censure qu’ils jugent contraire au droit d’expression pourtant reconnu aux groupes d’opposition.
Demande de contrôle de légalité sur le projet de règlement intérieur
Comme si cela ne suffisait pas, ils découvrent le projet du nouveau règlement intérieur du conseil municipal, qui doit être examiné le 9 juillet. Celui-ci prévoit notamment la limitation des interventions à deux minutes, la possibilité de ne pas retranscrire certains échanges ou « écarts de langage » dans les procès-verbaux (en l’absence d’enregistrement ou de captation vidéo, il n’y a donc aucune preuve des dits « écarts »), ainsi qu’un encadrement plus strict des questions orales. Anaïs Leboeuf et Xavier Borski estiment que plusieurs des dispositions du règlement pourraient être incompatibles avec le Code général des collectivités territoriales et invoquent la jurisprudence en citant des décisions de la justice administrative à l’appui de leur analyse.
C’est pourquoi les deux conseiller·es ont saisi les services préfectoraux afin qu’ils examinent sa légalité. Ils assurent que leur démarche vise à défendre « le pluralisme des opinions, la liberté d’expression des élus, la transparence des débats et la fidélité des procès-verbaux » et annoncent demander le report du vote du règlement après le contrôle de sa légalité par la préfecture pour en assurer la sécurité juridique.
En finir avec les propos et les violences sexistes
Parmi les autres questions qu’ils comptent poser jeudi soir , communiquées le 4 juillet par écrit, ielles demanderont une prise de position officielle du Conseil municipal condamnant les propos sexistes, les excuses publiques de leur auteur et les mesures que la municipalité entend mettre en œuvre afin de prévenir toute récidive et assurer une sensibilisation de l’ensemble du Conseil municipal aux violences sexistes et sexuelles.
Par ailleurs, une manifestation citoyenne est annoncée ce jeudi 9 juillet à 18 heures, place de l’Horloge à Montpeyroux, avant le conseil municipal prévu dans la soirée, pour dénoncer, par delà les querelles de clocher ou les tendances politiques plus ou moins assumées, la banalisation des propos sexistes que l’actualité des violences et féminicides ne rend que plus inadmissibles.
