Dans le n°74 du magazine Socialter, la journaliste Léa Dang donne la parole à Fleur Breteau, fondatrice du collectif Cancer Colère. Son message : le cancer ne peut pas être analysé uniquement comme une affaire de « mauvais choix individuels ».
Une épidémie aux causes multiples. Chaque année, la France enregistre environ 433 000 nouveaux cas de cancers et 157 000 décès, selon Santé publique France. Si le vieillissement explique une partie de la hausse, les autorités sanitaires reconnaissent aussi le rôle de facteurs environnementaux (pollution de l’air, expositions professionnelles, pesticides).
Le Centre international de recherche sur le cancer (Centre international de recherche sur le cancer), agence de l’Organisation mondiale de la sante, a classé plusieurs pesticides comme « cancérogènes probables » ou « possibles ». Des études de l’Inserm ont également mis en évidence un lien entre certaines expositions agricoles et des cancers (lymphomes non hodgkiniens, leucémies, cancers de la prostate).
Une question sociale et politique
Pour Fleur Breteau, le problème est aussi social : les populations les plus modestes sont souvent les plus exposées aux polluants, que ce soit par leur métier, leur logement ou leur alimentation. Or, le débat public tend à insister sur la responsabilité individuelle (tabac, alcool, hygiène de vie), au risque d’« invisibiliser » les causes structurelles.
Elle dénonce par ailleurs un conflit d’intérêts systémique : des multinationales de l’agrochimie comme Bayer, propriétaire de Monsanto, produisent des pesticides contestés tout en développant des traitements anticancéreux. Une situation qui alimente, selon elle, la suspicion d’un système où la maladie devient un marché.
Transformer la colère en action
Inspiré des méthodes d’Act Up, le collectif Cancer Colère (plus de 500 membres) revendique des actions directes et une alliance avec le monde paysan pour transformer les pratiques agricoles.
L’enjeu, au-delà des controverses, est pédagogique : rappeler que la santé publique ne relève pas seulement des choix individuels, mais aussi des décisions économiques, industrielles et politiques. Les sources citées (Santé publique France, Inserm, CIRC/OMS) convergent sur un point : l’environnement compte. La question posée par la militante est donc moins médicale que démocratique.
L’écologie chez les insoumis·es

