C’était un moment inhabituel aux Journées d’été des Écologistes à Grenoble. Sous le grand chapiteau central, bondé et totalement acquis à leur cause, les représentants de l’intersyndicale des sapeurs-pompiers sont venus témoigner de leur quotidien et de leur colère. Un débat animé par la députée écologiste Sandra Regol.
Ce n’est pas dans les habitudes des pompiers de venir s’exprimer dans les partis politiques. Mais ils ont répondu à l’invitation des Écologistes parce que la situation est grave et que leurs revendications dépassent désormais largement le cadre de leur profession.
Leurs missions se sont considérablement élargies : incendies, secours à personne, accidents, inondations, sécurité en mer… mais aussi transport de patients vers l’hôpital, conséquence directe de la désertification médicale et de la saturation du système de santé. « On passe notre temps à faire du bricolage. Les pompiers polonais ont du meilleur matériel que nous », expliquent-ils, avec des moyens et des situations très différents, selon les départements.
Multiplication des missions
Face à cette multiplication des missions, les effectifs et les moyens ne suivent pas. L’intersyndicale demande notamment la création d’au moins 21 000 postes de sapeurs-pompiers professionnels supplémentaires, ainsi que des équipements adaptés, une meilleure protection et un financement à la hauteur des besoins.
Le financement des SDIS est au cœur de leurs préoccupations. Alors que les départements et les communes sont eux-mêmes confrontés à de fortes contraintes budgétaires, ils doivent assumer l’essentiel du financement des services de secours. Pour les pompiers, il faut plusieurs milliards supplémentaires pour pouvoir travailler sereinement. Ils demandent également une véritable prise en compte de la santé des intervenants, de la pénibilité et des risques professionnels liés à leur métier.
Et puis il y a le dérèglement climatique. Les pompiers en sont les témoins directs : sécheresses, incendies, inondations… les crises s’enchaînent. Pour l’un des intervenants, il faut d’ailleurs cesser de parler simplement de « réchauffement climatique » : ce que nous vivons est un véritable « dérèglement climatique », devenu la réalité de tous les jours. Un constat qui rejoint pleinement celui des Écologistes : nos services publics doivent désormais être adaptés à cette nouvelle réalité et capables d’anticiper plutôt que de bricoler dans l’urgence.
Santé des pompiers
La santé des pompiers est également une alerte majeure. Exposés aux fumées et à de nombreuses substances toxiques, ils dénoncent une reconnaissance encore très insuffisante des pathologies liées à leur métier et demandent notamment une grande cause nationale consacrée à la santé des intervenants.
Ruban rouge en signe de soutien
« Les pompiers sont les ramasse-miettes, les miettes qui restent du service public », a résumé Sandra Regol. Une formule qui a trouvé un écho évident sous le chapiteau. Les pompiers ne demandent finalement pas à être davantage célébrés comme des héros. Ils demandent les moyens de faire leur métier. Et ils appellent désormais la population à se mobiliser à leurs côtés : un ruban rouge sur les voitures, un drap rouge aux fenêtres… pour que, à la mi-septembre, la France se couvre du rouge des pompiers en signe de soutien.
Après la mobilisation du 13 août, l’intersyndicale maintient par ailleurs la pression et annonce une nouvelle mobilisation nationale fin septembre, faute de réponses concrètes du gouvernement. Sous le grand chapiteau des JDE, leur message était le suivant : défendre les pompiers, c’est défendre un service public essentiel, notre santé et notre capacité collective à faire face au dérèglement climatique.
