À Aniane, la fermeture de La Poste raconte une décennie de recul des services publics

Mobilisation pour La Poste à Aniane - Photo - PLURIELLE INFO
Mobilisation pour La Poste à Aniane - Photo - PLURIELLE INFO

Le bureau de poste d’Aniane a définitivement fermé ses portes le 1er septembre. La CGT, des habitant·es et plusieurs élu·es refusent de considérer sa transformation en relais commerçant comme un simple changement d’adresse. Pour Elie Mazzarone et Alexia Laforge, cette fermeture raconte surtout une décennie durant laquelle le service public de proximité a continué de céder du terrain.

Une porte se ferme à Aniane. Depuis le 1er septembre, la commune n’a plus de bureau de poste. La municipalité affirme avoir multiplié les démarches auprès de La Poste et proposé de conserver une ouverture, même réduite. L’entreprise justifie sa décision par une fréquentation devenue « très faible, voire inexistante certains jours ». Mais le bureau avait déjà subi des fermetures répétées, parfois pendant plusieurs semaines.

Les principales opérations postales sont désormais assurées par La Tabatière, un commerce du boulevard Félix-Giraud. On peut y envoyer et retirer courriers et colis et un service de retrait d’espèces doit être proposé.

Pour Elie Mazzarone, secrétaire général CGT, l’équation est trompeuse. « Ce n’est pas la même chose. Un véritable bureau de poste répond aux besoins de toutes et tous », insiste-t-il. Car un bureau de plein exercice, c’est aussi du personnel formé, des renseignements, des opérations bancaires et un accompagnement que ne propose pas nécessairement un relais commerçant.

L’Arcep (Autorité de régulation des communications électroniques, des postes et de la distribution de la presse) confirme cette différence : les bureaux gérés directement par La Poste distribuent l’ensemble de son offre commerciale, tandis que les autres formes de présence postale proposent une gamme de services différente.

« Depuis quand un service public doit-il être rentable ? »

Pour le syndicaliste, la question essentielle est ailleurs : que deviennent les personnes âgées, isolées, sans voiture ou peu à l’aise avec le numérique ? « Est-ce qu’on leur dit simplement : débrouillez-vous, allez ailleurs ? » Et Elie Mazzarone élargit le propos : « Quand un service public disparaît, ce n’est pas seulement une porte qui se ferme, c’est une partie de la vie de nos villages qui disparaît. »

Puis il interroge : « Depuis quand l’accès à un service public doit-il dépendre uniquement de sa rentabilité ? Depuis quand demande-t-on à une école d’être rentable ? Est-ce qu’on demande aux pompiers d’être rentables ? »

Alexia Laforge : « Deux combats à mener »

Présente au rassemblement, Alexia Laforge, élue LFI et candidate aux sénatoriales dans l’Hérault, assume elle aussi la dimension politique du dossier. « Il y a deux combats à mener », explique-t-elle : celui du terrain, pour « mettre une pression aux décideurs », et celui des institutions pour préserver les services publics.

La coprésidente de l’association du Réseau des élu·es insoumis·es et citoyen·nes pointe notamment le vieillissement de la population. À mesure que les guichets disparaissent ou que les services sont transférés vers le numérique et des commerces, une partie des habitants risque de rencontrer davantage de difficultés pour accéder à des démarches pourtant essentielles à leur vie.

Pour l’élue insoumise, Aniane n’est donc pas un accident mais l’une des manifestations d’un recul qui concerne les territoires ruraux comme les quartiers populaires : des services publics que l’on est, selon ses mots, en train de « déconstruire partout en France ».

La décennie Macron

Le mouvement de transformation de La Poste n’a pas commencé qu’avec Emmanuel Macron. Mais près de dix ans après son arrivée à l’Élysée, Aniane permet d’observer la poursuite d’un phénomène plus large : on ferme des bureaux sans forcément faire disparaître les fameux « points de contact ». Le tour de passe-passe tient en trois mots. « Point de contact ».

L’expression a quelque chose de formidablement pratique. Un bureau de poste avec des postiers est un « point de contact ». Une agence postale communale est un « point de contact ». Un relais installé chez un commerçant est encore un « point de contact ».

Additionnez le tout et le réseau résiste admirablement bien aux statistiques. La loi impose ainsi à La Poste de maintenir au moins 17 000 « points de contact » sur le territoire et le groupe en comptait 17 325 fin 2025. Seulement voilà : un point de contact n’est pas nécessairement un bureau de poste.

Et c’est précisément ce que dénonce la CGT. Selon les chiffres avancés lors du rassemblement, la composition du réseau s’est profondément inversée depuis 2008 : les bureaux de plein exercice, autrefois majoritaires, ont progressivement laissé davantage de place aux agences communales et aux relais commerçants. On peut donc conserver le nombre de points sur une carte tout en réduisant le nombre de véritables bureaux. C’est cela que raconte Aniane.

Sur le tableau de bord, un « point de contact » demeure. Dans la commune, le bureau de poste, lui, a fermé.

Et derrière les mots de rationalisation, de mutualisation ou de dématérialisation qui ont accompagné la décennie Macron, demeure cette réalité beaucoup moins abstraite : moins de services de plein exercice, davantage de démarches reportées sur les usagers, les communes ou les commerçants. À Aniane, inutile finalement de chercher une grande théorie. Il suffit de regarder la porte. Pendant des années, derrière elle, il y avait un bureau de poste et des postiers. Depuis le 1er septembre, il n’y en a plus.

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