Des robes noires dans la rue, des audiences suspendues et un mot d’ordre inédit : « justice morte ». Lundi 13 avril 2026, des milliers d’avocats se sont mobilisés partout en France contre un projet porté par Gérald Darmanin : l’introduction d’un « plaider-coupable » pour les crimes, une évolution majeure de la procédure pénale.
C’est une procédure inspirée des délits. Le « plaider-coupable » existe déjà pour les délits depuis le début des années 2000. il permet à une personne mise en cause de reconnaître les faits en échange d’une peine négociée, validée ensuite par un juge. La réforme entend étendre ce mécanisme aux crimes, aujourd’hui jugés devant la cour d’assises. Concrètement, trois acteurs discuteraient de la peine : le parquet, l’avocat de la défense et celui de la victime. Un accord serait ensuite soumis à une audience d’« homologation ».
La peine ne pourrait pas dépasser les deux tiers du maximum prévu par la loi. Surtout, la procédure serait beaucoup plus rapide : une demi-journée d’audience, contre plusieurs jours pour un procès classique.
L’idée dominante est bien de désengorger la justice. Le gouvernement assume une logique d’efficacité. Les dossiers criminels s’accumulent, allongeant les délais de jugement. Selon le ministère, cette procédure permettrait de juger plus vite certaines affaires où les faits sont reconnus.
Mais cet argument ne convainc pas les professionnels du droit. Les craintes des avocats et magistrats sont fortes. Pour de nombreux avocats, cette réforme change profondément la nature du procès pénal. « Le plaider-coupable réduit le droit des victimes à être entendues », a déclaré Christophe Bayle, président de la conférence des bâtonniers à l’AFP, le 13 avril.
Même inquiétude à Montpellier, où l’avocate Sophie Mazas évoque un risque de pression sur les victimes pour éviter un procès public. Sans débats contradictoires, sans témoins ni experts, la dimension collective et symbolique du jugement pourrait disparaître. Certain·es rappellent que l’oralité des débats est au cœur de la justice criminelle française : elle permet d’établir les faits, mais aussi de reconnaître publiquement la souffrance des victimes.
Un débat politique à venir est incontournable. Si le texte devait être adopté au sénat, dominé par la droite et le centre, son examen à l’Assemblée nationale s’annonce plus incertain, mais annonce déjà une bataille parlementaire.