Interdiction d’une manifestation syndicale, rassemblements prohibés, couvre-feu, drones et renforts policiers : à Montpellier, la préfète de l’Hérault déploie un arsenal sécuritaire exceptionnel pour la journée du samedi 31 octobre devenu point de convergence des lycéen·nes et des Gilets Jaunes. Le tout au nom de la défense des libertés fondamentales.
Il fallait oser. Dans un communiqué publié ce vendredi 30 octobre 2026, la préfète Chantal Mauchet annonce une nouvelle série de restrictions avant de conclure : « L’ordre public est un impératif dans une société démocratique pour garantir le libre exercice des libertés fondamentales. »
Pour garantir la liberté de manifester, l’État commence donc par interdire une manifestation. Une conception singulière des libertés publiques.
Le syndicat FO ESR (Enseignement Supérieur et de la Recherche) et Le Syndicat national unifié des directeurs, instituteurs et professeurs des écoles de l’enseignement public FO en font les frais. Leur manifestation déclarée est interdite, faute de « garanties suffisantes en matière de sécurité », notamment d’un service d’ordre capable de prévenir les débordements. Pourtant, la protection de l’ordre public relève d’abord de l’État, pas des syndicats.
« La préfecture crée les conditions du désordre » Sabine Raynaud
D’autant qu’en interview, Sabine Raynaud SNUDI FO 34 explique une tout autre histoire que celle servie par la préfecture. Selon la syndicaliste, les organisateurs ont d’abord accepté le parcours alternatif proposé par les services de l’État, pourtant plus long que l’itinéraire initial. Leur objectif était de permettre aux lycéens, dont beaucoup sont mineurs, de manifester légalement et en sécurité, loin du centre-ville et de ses commerces.
Mais une fois cet accord obtenu, les exigences se multiplient. La préfecture réclame un service d’ordre. Les syndicats acceptent de l’organiser. Nouvelle demande : « fournir la liste nominative de ses membres. » Puis détailler par écrit son fonctionnement. Sabine Raynaud conteste ces exigences, qu’elle estime étrangères aux obligations légales des organisateurs.
« À chaque étape, il y avait une nouvelle contrainte », dénonce-t-elle. Jusqu’à cette situation pour le moins ubuesque : « Au final, ils interdisent ce qu’eux-mêmes avaient proposé. » Chantal Mauchet annonce parallèlement des renforts policiers, des gendarmes mobiles et la mobilisation de militaires Sentinelle. Des moyens considérables, mais apparemment insuffisants pour permettre à un cortège syndical de défiler. Étonnant, non ?
La préfecture aurait donc négocié un parcours, obtenu l’accord des syndicats, puis interdit la manifestation faute de garanties suffisantes. Une méthode que Sabine Raynaud interprète comme une volonté de rendre l’interdiction inévitable.
Plus grave, la syndicaliste accuse l’administration de produire exactement ce qu’elle prétend empêcher : « Finalement, ils créent les conditions du désordre. » En supprimant un cortège déclaré, encadré et éloigné des secteurs sensibles, la préfecture prive les lycéens d’un cadre organisé pour exprimer leur colère.
Sabine Raynaud établit également un parallèle avec les manifestations des 17 et 24 octobre. Selon elle, le cortège déclaré du 17 octobre, qui a rassemblé entre 35 000 et 45 000 personnes, s’est déroulé sans incident majeur. Les violences signalées, notamment près de la gare et des commerces, se sont produites en dehors et loin du cortège. Le 24 octobre, après l’interdiction préfectorale, elle affirme que la participation a été divisée par quatre. Pour la syndicaliste, ces restrictions ont pour objectif d’essouffler le mouvement lycéen.
FO n’appellera pourtant pas ses adhérents à participer à une manifestation interdite, afin de ne pas les exposer à des sanctions. Mais Sabine Raynaud prévient que la mobilisation continuera, avec en ligne de mire la grève interprofessionnelle du 5 novembre.
Ainsi Montpellier est sous restrictions
Les rassemblements seront interdits dans une partie du centre-ville de 6 h à 22 h, puis sur un périmètre élargi jusqu’à 6 h dimanche matin. S’ajoutent un couvre-feu pour les mineurs non accompagnés, des drones et des restrictions sur les équipements de protection individuelle.
La préfecture invoque qu’il y aurait des appels à l’insurrection, aux violences et aux pillages diffusés sur les réseaux sociaux dont elle n’indique pas l’origine. Des menaces sérieuses, si elles sont avérées, mais dont le communiqué ne précise ni l’ampleur, ni la nature, ni la crédibilité. La préfecture intègre-t-elle dans ces risques les incursions des milices d’extrême droite que la police a si bien protégée samedi dernier ? Le droit français impose pourtant que toute interdiction de manifester soit nécessaire, adaptée et proportionnée. La préfecture doit donc préciser la nature des menaces et apprécier si des mesures moins restrictives permettaient de prévenir les troubles.
À Montpellier comme dans de nombreuses villes, l’État multiplie ainsi les interdictions « préventives » tout en revendiquant son attachement aux libertés fondamentales qui semblent en l’occurrence être réduites à celle de commercer et de consommer. Ainsi fait-il aveux de son échec à assurer le droit constitutionnel à manifester.
