Mieux former les médecins à un exercice humaniste de la médecine

Etudiants en médecine - Photo - Live agica
Etudiants en médecine - Photo - Live agica

Après la catastrophe du numerus clausus, les différents gouvernements enchaînent d’année en année des réformes des études de médecine qui créent un climat délétère pour les étudiants. Les résultats d’une enquête effectuée récemment par l’Association nationale des étudiants en médecine de France sont alarmants. Selon ses données, 52 % des étudiants présentent un état anxieux au moment de l’enquête, un étudiant sur deux se dit isolé socialement, 28 % d’entre eux ont des symptômes de troubles du comportement alimentaire.

Le constat le plus inquiétant est le pourcentage d’étudiants en médecine ayant déjà souffert d’idées suicidaires, de l’ordre de 20 %, quand elle ne dépasse pas 6 % en population générale. Et dans le détail, la déclaration de troubles anxieux chez les femmes étudiantes en médecine atteint 57 %, contre 35% chez leurs homologues hommes.

Masculinisme persistant

Alors que la proportion de femmes a fortement augmenté ces dernières années, la culture masculiniste dans le milieu médical reste très présente avec son corollaire que sont les violences sexistes et sexuelles. Ainsi 20 % de la population étudiante ont subi des outrages sexistes en stages, 13 % du harcèlement sexuel et 3 % une agression sexuelle. Dans la grande majorité des cas, les auteurs sont des supérieurs hiérarchiques de profession médicale. Le plus grave est le déni institutionnel, car, quel que soit le type de violence sexiste ou sexuelle, six victimes sur dix considèrent que leur signalement a été inutile.

Écoute et empathie

Dans ce contexte, comment espérer former de bons médecins ? Le tâche des soignants est avant tout d’établir une relation de confiance avec les patients en ayant une attitude d’écoute et d’empathie. Or quand l’exemple donné dans la formation est à l’opposé de ces pratiques, il est peu probable que les jeunes médecins puissent acquérir ces compétences et les mettent en œuvre dans leur exercice futur.

À cela s’ajoutent les dérives de l’exercice médical de ces dernières décennies vers une approche technicienne et techniciste qui risque d’être encore aggravée en cas de mauvaise utilisation de nouveaux outils, comme l’intelligence artificielle. Il faut recentrer l’exercice médical autour des valeurs humanistes, en n’oubliant pas que le rôle des médecins et des soignants est d’essayer de trouver les meilleures solutions pour soulager une souffrance, qu’elle soit physique, psychologique ou sociale.

Il est donc urgent de réformer en profondeur les études de médecine avec comme principal objectif de créer un environnement bienveillant et protecteur. Cela passe par un autre encadrement, notamment pendant les stages et la mise en place de dispositifs de contrôle et d’évaluation externes permettant une libre expression des étudiants. Cela permettra notamment de corriger les dysfonctionnements et, si besoin, de prendre des sanctions adaptées.
Mieux former les étudiants, c’est avoir demain des médecins répondant mieux aux besoins et attentes des patients, notamment en ce qui concerne ce qui constitue le cœur de l’exercice médical, à savoir la relation médecin-patient.

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