Les salariés du service public audiovisuel vent debout contre l’entrisme de l’extrême droite

Radio France vue depuis le pont de grenelle - Photo - DRW
Radio France vue depuis le pont de grenelle - Photo - DRW

France Inter est en grève les 13 et 14 septembre, car ses salarié•es entendent dénoncer l’attribution d’une chronique au directeur adjoint du journal ultra conservateur et raciste multi-condamné Valeurs Actuelles. Ce n’est pas faute d’avoir prévenu à l’avance, mais la patronne de Radio France n’a pas voulu les entendre. Pour les acteurs et actrices du service public déjà rudement attaqué par la « commission Alloncle », c’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase, un point donné à l’extrême droite qui annonce pourtant vouloir en finir avec lui.

Comme le rappelle la motion adoptée à l’unanimité le 2 septembre par l’assemblée générale du personnel de Radio France, la présence à l’antenne d’un «journal, plusieurs fois condamné pour racisme et incitation à la haine, n’est pas compatible avec les valeurs humanistes, démocratiques et républicaines que nos radios de service public ont pour mission de défendre». Les salariés du groupe public ont donc cessé le travail à l’appel des syndicats (CFDT, CGT, FO, SNJ, SUD, Unsa) le jour même où devait commencer la chronique hebdomadaire du dit Charles Sapin.

L’alibi du pluralisme

La direction de Radio France par la voix de Sybile Veil a maintenu son choix éditorial en arguant que « c’est la grandeur du service public que d’être pluraliste ». La directrice de la station, Mme Pigalle, explique elle qu’il s’agit  d’offrir « un pendant » à Camille Vigogne Le Coat, la journaliste du Nouvel Obs (hebdomadaire classé un peu hâtivement à gauche !) qui passe le samedi matin. Mais les deux omettent que d’après la loi française, le racisme n’est pas une opinion parmi d’autres, mais un délit.

Qui est Charles Sapin ?

Dans un communiqué du 11 septembre, le SNJ-CGT de Radio France répond à tous les arguments donnés par leur direction. Il rappelle que Charles Sapin mène un combat éditorial pour banaliser le Rassemblement National et favoriser l’union des droites chère à Pierre-Edouard Stérin, l’un des actionnaires de Valeurs actuelles. Le communiqué précise que Charles Sapin n’est pas appelé à intervenir dans un débat ou une émission en tant qu’invité, mais bien « en tant que salarié du service public, dans un format excluant tout contradictoire. Cela change tout. Rappelons également que le journal dont il est devenu directeur adjoint a participé à la cabale contre Thomas Legrand, évincé de France Inter. »

Il n’est pas étonnant que ces syndicats de Radio France aient reçu le soutien des syndicats CGT, CFDT et FO de France Télévision qui reprochent de leur côté à leur propre direction le recrutement « en catimini » du même Charles Sapin sur la chaîne de télévision Franceinfo en tant qu’éditorialiste de l’émission « Avant le 20 heures ». Un rôle qui s’ajoute à celui de débatteur, face à la directrice de l’hebdomadaire de gauche Politis, Rokhaya Diallo, dans l’émission « Le Duel ». Ça fait vraiment beaucoup. Charles Sapin, ce n’est pas le ver dans une pomme, mais le ver dans le panier tout entier.

Les limites du pluralisme

Bizarrement, les grands défenseurs du pluralisme ne vont jamais jusqu’à embaucher des éditorialistes anticapitalistes. Bizarrement aussi, pour la première fois de l’histoire de l’émission La Grande Librairie, France Télévision a choisi de retirer de sa plate-forme la rediffusion de l’émission dans laquelle Adèle Haenel dénonce dans sa carte blanche les violences sexuelles et le génocide à Gaza. Raison évoquée ? Il manquait « plusieurs points de vue, ce que notre cahier des charges impose ». Sauf qu’aucun cahier des charges n’impose plusieurs points de vue pour une carte blanche et que de tels scrupules ne semblent pas étrangler la direction des chaînes et radios publiques quand elles invitent sans contradiction aucune l’ambassadeur d’Israël ou le porte-parole de son armée.

Bannir toute parole subversive d’un côté et banaliser celles d’extrême droite de l’autre vaut bien une grève. Les salarié·es de France Inter nous invitent à nous inspirer de l’exemple belge en citant l’historien résistant Jean-Pierre Vernant « On ne parle pas recettes de cuisine avec des cannibales » : «  Le pluralisme s’arrête aux ennemi-es du pluralisme. Preuve qu’une autre position est possible: en Belgique francophone, le cordon sanitaire médiatique empêche que les représentants d’extrême droite disposent d’un temps de parole libre en direct depuis 30 ans. » Ils ne sont plus seul·es à refuser cette présence. Samedi 12 septembre, quelque 300 personnalités ont signé une tribune intitulée « Valeurs Actuelles sur France Inter: c’est Non! » . Parmi eux, de grands noms du monde intellectuel, comme les acteurs Denis Podalydès, Julie Gayet, Bruno Solo ou Laure Calamy; les cinéastes Valérie Donzelli et Patrice Leconte; le documentariste Vincent Munier; les écrivains Pierre Lemaître, Hervé Le Tellier ou encore la prix Nobel Annie Ernaux ainsi que le photographe Yann Arthus-Bertrand et les musiciens Yann Tiersen, Camille ou Miossec.

➡️ signez la pétition lancée par un auditeur
➡️ écrivez à la médiatrice de Radio France

 

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