“Il faut les exterminer ces gens-là”. Ces gens là, comme les a désignés l’ex-maire de Sète François Commeinhes, se sont élevés des années durant contre la réalisation du parking souterrain qui a transformé l’historique Esplanade en fournaise. Réunis au sein du collectif Bancs Publics, ils n’ont guère apprécié que la nouvelle équipe municipale conduite par Hervé Marquès valide et poursuive le chemin stigmatisant ouvert par celui qui devra répondre de ses actes et ses paroles devant le tribunal de Montpellier en septembre prochain. Interview de son représentant Christophe Lalia.
Isabelle Goutmann pour Plurielle : Qu’avez-vous retenu de cette séance du conseil municipal et notamment de la délibération qui accorde à François Commeinhes la “protection fonctionnelle” ?
Christophe Lalia : En tant qu’initiateurs de la procédure concernée par cette délibération, on était venus en observateurs, prêts à exprimer silencieusement et dans le calme notre mécontentement. Mais franchement, au de-là de l’aspect chaotique du débat, je dois dire qu’on ne s’attendait pas une monstruosité pareille. Vous vous rendez compte ? La ville a accordé sans trembler à un ex-maire déchu de ses droits civiques, le fait d’être financé par l’argent des contribuables sétois dans une affaire où il a appelé à l’extermination des gens du collectif Bancs publics ! Comment une nouvelle municipalité fraîchement élue peut débuter ainsi son mandat en soutenant quelqu’un qui a appelé à exterminer une partie de ses administrés ?
IG : Cela fera trois ans en décembre que ces paroles ont été prononcées. Elles font toujours autant de mal ?
Christophe Lalia : Oui, bien sûr. Ce terme est très marqué historiquement. Il relève d’une idéologie, en résonance forte avec ce qui se passe dans l’actualité. Là, un seuil est franchi d’un point de vue éthique et idéologique. C’est très grave. Avec ce vote unanime de la majorité, ça veut dire que les nouveaux élu·es s’alignent sur un homme qui a exprimé une volonté exterminatrice. Pour nous, c’est comme s’ils avaient “remué le couteau dans la plaie”. Ça aurait été plus noble de leur part de se détacher de ce passé. En plus, il a été précisé en fin de séance concernant la constitution prochaine des conseils de quartier que toute personne qui a participé à une procédure juridique contre la ville en serait exclue. Ça veut dire que les 161 citoyens et citoyennes très engagé·es dans la défense de notre environnement sont rayé·es de la carte démocratique de notre commune pour délit d’opinion.
IG : A-t-on une idée du montant de ces frais de justice que la ville s’engage à prendre en charge au bénéfice de François Commeinhes ?
Christophe Lalia : À ce stade, c’est difficile à évaluer. L’ancien maire inéligible qui a dû se démettre de ses fonctions avait mentionné lors d’une conférence de presse en septembre 2024 la somme de 240 000 euros de frais d’avocats pour se défendre dans les procédures engagées à ce moment-là. Je ne sais pas à combien ils s’élèveront pour cette dernière procédure de citation directe, mais il est certain que le cabinet d’avocats qui travaille pour la ville a bien prospéré avec l‘argent de nos impôts.
IG : Vous déplorez que le nouveau maire s’inscrive comme héritier direct de François Commeinhes dont il semble perpétuer les méthodes. N’avez-vous rien obtenu en termes de transparence, notamment vis-à-vis de la Société Publique Locale du Bassin de Thau qui gère le projet ?
Christophe Lalia : Il est manifeste que c’est le même mépris des riverains et des citoyens, la même absence de concertation et le même minimum d’information. En sortant du conseil municipal lundi soir, on a surpris des travaux sur l’avenue Henri Barbusse qui ont duré jusque tard dans la nuit. Personne n’était prévenu. Nul ne sait l’objet de ces travaux. Pareil pour l’arrêt de bus qu’on ne cesse de déplacer. On a même retiré l’abri-bus. Les gens tentent d’aller se mettre à l’ombre sur le trottoir en face, d’autres doivent marcher sur la voie. C’est du grand n’importe quoi.
Du côté de la SPLBT, non, rien n’a changé. Hervé Marquès a remplacé François Commeinhes, le directeur Christophe Clair est toujours en poste. Malgré l’engagement du président de la SAM, Loïc Linares, d’agir pour clarifier la situation, il n’y avait même pas de représentant de l’agglomération au dernier conseil d’administration. On a vu au moment du vote du Compte financier Unique ou du budget supplémentaire combien la gestion des parkings et stationnements est opaque. Les jeux comptables entre ville et société publique permettent de masquer le déficit réel de cette gestion calamiteuse. D’ailleurs, on n’a toujours pas le total de la facture finale du parking Aristide Briand que l’adjoint Sabatier avait comparée à une note de restaurant dont on ne connaît le montant qu’une fois le repas terminé. On l‘a d’autant moins qu’il reste encore à réaliser la sortie du parking via un tunnel appelé à longer la future salle Brassens, rue Henri Barbusse.
IG : Donc ce sera le chantier suivant… Comment voyez-vous vos prochaines actions et comment imaginez-vous à l’avenir vos rapports avec la mairie ?
Christophe Lalia : Nous allons le décider lors de notre assemblée générale qui aura lieu le 30 juin prochain, le même jour que la manifestation des parents sur le problème de surchauffe dans les écoles... tout un symbole des priorités de cette municipalité ! Ce qui est sûr, c’est qu’on ne renoncera pas à défendre nos droits à un environnement de qualité ni à appeler au dialogue, à la discussion. On ne remet pas en cause le résultat des élections, mais on pense qu’on ne peut pas avancer sans associer les citoyens et les citoyennes. On ne peut rester indifférents à la poursuite chaotique de ce chantier sans fin et aux choix catastrophiques qui sont effectués. Il est urgent de se parler et de s’entendre. En cette période de canicule, on voit bien la fournaise qu’est devenue cette place Aristide Briand totalement artificialisée. Au sol, la température dépasse les 50 degrés. Aucun arbre ne pourra y atteindre une taille adulte. Qu’est-ce qu’on fait ? Le seul espace qui peut encore apporter une respiration au cœur de ville, c’est la place Jules Moch. Ils sont prêts à arracher sa végétation, notamment ses deux beaux platanes, pour y édifier un énorme cube en béton la future salle Brassens. Encore un non-sens écologique. On parle beaucoup en ce moment de la nécessité d’avoir des « îlots de fraîcheur ». Nous continuerons de défendre un espace ombragé et s’il le faut, nous exigerons qu’on aille vers un référendum.

