[EDITO] « Disons la vérité pour une fois », lâche Raphaël Glucksmann sur TF1. Pour une fois ? Même s’il est irritant, cet aveu se déguste. On a bien envie de lui demander ce qu’il faisait les fois précédentes.
Dimanche soir, le candidat fraîchement déclaré avait surtout révisé ses fiches. La France : une « boule dans le ventre ». L’école publique : ça lui « retourne les tripes ». La dépendance énergétique : une « laisse » qui nous serre le cou. Après l’estomac, les tripes et la gorge, il ne manquait qu’un polygraphe pour détecter les niaiseries d’un candidat dont le cœur battait la chamade dans un record d’insincérité, voix tremblante, pour coller au texte d’un nième cabinet-conseil.
Raphaël Glucksmann ne se contente pas d’être candidat. Il « ne se voyait pas se dérober ». Il a pris sa décision « avec gravité ». Il ne vient pas pour témoigner, mais « pour gagner. » Et surtout, contrairement à cette classe politique dont il prend soin de se distinguer, lui ne fait pas carrière : « Je ne sors pas, moi, du moule politique classique. » Là, sa récitation devient dès plus savoureuse, pour ne pas dire mensongère. Deux mandats au Parlement européen, une liste aux Européennes en 2019, une autre en 2024, un mouvement politique fondé en 2018 et désormais une présidentielle : à ce niveau-là, ce n’est certes plus un moule. C’est un cursus.
Chirurgien Glucksmann au bloc s’il vous plaît ! Il promet de « couper au scalpel » les laisses qui étranglent la France. Car il s’agit surtout de couper celle qui le relierait à Jean-Luc Mélenchon : « Plus jamais d’accord ». Avec les écologistes ? C’est : bienvenue en mode slurp : « les écologistes ont eu raison avant tout le monde sur la catastrophe climatique ». Les communistes ? Idem, bienvenue « mon obsession, c’est que les travailleurs français vivent mieux de leur travail ». François Hollande ? Bienvenue aussi, « nous avons besoin de tout le monde. »
« Disons la vérité pour une fois », propose Raphaël Glucksmann. Chiche : « couper au scalpel une à une les laisses qui enserrent le cou des Français »… là où un cutter serait plus adapté. Une phrase hyper-calibrée… MDR, on imagine déjà la réunion : métaphore forte, check ; anaphore en trois points, check ; image corporelle, check. Raphaël Glucksmann a-t-il écrit son texte seul, avec ses conseillers ou autrement ? On sait qu’à l’oreille, ça sent plus le PowerPoint d’un cabinet conseil que « la boule au ventre ». Bref ! Place Publique : nouveau symptôme de l’insincérité ?
