Les diverses instances mises en place par l’Etat pour évaluer, autoriser la vente et fixer le prix des médicaments ont souvent été critiquées à juste titre du fait de conflits d’intérêt de certains experts, de leurs liens avec l’industrie pharmaceutique.
L’explication souvent avancée est que les meilleurs spécialistes d’un médicament ou d’une maladie sont souvent ceux qui ont travaillé avec les laboratoires développant les traitements. Il existe effectivement un problème au niveau de la recherche du fait d’une organisation qui délègue le financement, donc le contrôle des essais cliniques aux laboratoires. Mais, c’est un peu court comme argument, car les liens concernent aussi des honoraires de conseil scientifique, des conférences rémunérées, le financement direct de travaux de recherche, mais, plus grave encore, ce peut être aussi des participations financières sous forme d’actions notamment.
Une tribune pour dénoncer les pressions
La nouveauté dans ce paysage est la tribune collective publiée par les membres du collège de la Haute Autorité de Santé qui dénoncent les pressions qu’ils subissent de la part des laboratoires. Pour comprendre l’enjeu, il faut savoir que cette instance évalue les demandes d’accès au remboursement faites par les entreprises dès lors que les médicaments ont reçu une autorisation de mise sur le marché. La stratégie de lobbying est éminemment perverse, je cite : « Certains acteurs cherchent à exercer des pressions… en imposant un récit fondé sur l’émotion plutôt que sur les preuves ». Les membres du collège dénoncent l’instrumentalisation de la voix de familles bouleversées et de patients en détresse avec l’appui de professionnels de santé. « Ces pressions prennent des formes multiples, directes ou indirectes, via les médias, des relais d’opinion voire auprès de l’exécutif ou par la menace de retrait de médicaments du marché« , est-il encore consigné dans cette tribune.
Les USA demandent l’alignement des prix
Cette stratégie s’est accentuée ces derniers mois du fait de la pression du gouvernement américain qui demande un alignement des prix des médicaments, très élevés aux Etats-Unis, sur les prix pratiqués en Europe. L’enjeu est donc d’obtenir de meilleurs prix en Europe pour ne pas subir une baisse des énormes bénéfices engrangés sur le marché américain.
En France, le gouvernement ne s’inquiète pas de ce problème car son objectif est de regrouper des agences pour des raisons d’économies financières, au risque de renforcer les risques liés au lobbying. En effet, il est important que des instances différentes donnent l’une un avis sur la sécurité du médicament et l’autre sur son remboursement.
Nous sommes donc à un moment critique et cette tribune est salutaire. Cependant, pour être vraiment utile cette protestation ne peut se limiter à une déclaration générale. En effet, le président du collège, interrogé par des journalistes, n’a pas voulu donner les noms des laboratoires concernés. Cela montre qu’il reste encore du chemin à faire car visiblement le pouvoir de ces entreprises est encore suffisamment fort pour bloquer une transparence complète.
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