Pour nous vendre le récit de la menace d’invasion de l’Europe par ce qu’elle appelait du temps des croisades « les Sarrasins », autrement dit les Africains maghrébins ou sub-sahariens, il n’a fallu que 48 heures d’un mouvement inédit (et sciemment organisé), de dizaines de milliers de personnes espérant s’extraire d’une vie misérable, sans droits ni avenir, en gagnant l’enclave espagnole de Ceuta.
Dans un bel élan d’inhumanité, gouvernements européens, partis d’extrême-droite, médias et réseaux ont crépité de toute la bêtise et de toute la cruauté dont ils sont capables, les un comme les autres, pour agiter le chiffon rouge et la haine de l’autre.
Maintenant que l’opération politique lancée par le Maroc en accord avec ses protecteurs américains, israéliens et occidentaux a abouti aux résultats escomptés, maintenant qu’est ravivée la peur ancestrale de l’invasion des Maures et que tous en France espèrent que l’immigration soit le thème central de la future présidentielle, Madrid a donné ses chiffres officiels, glaçants : 100 morts de noyade, 69 000 personnes expulsées de l’enclave qui a retrouvé sa tranquillité aussi vite qu’elle l’avait perdue. L’Europe est sauvée et le Maroc a montré qu’il pouvait à tout moment « reprendre » le territoire de l’enclave en manipulant sa jeunesse ! Restent les cadavres, des espoirs de vie meilleure ruinés, et une humiliation de masse des puissants contre les pauvres qui laissera des traces.
Le gouvernement macrolepéniste français a validé officiellement toute cette fable haineuse lancée par l’extrême droite internationale, en envoyant avions, drônes, 500 policiers et deux compagnies de CRS à la frontière pyrénéenne, alors qu’il savait fort bien que pas un seul de ces malheureux – et malheureuses – jeunes à qui on fait miroiter la possibilité de gagner le paradis, n’avait la moindre chance, d’abord de traverser le détroit de Gibraltar puis de parcourir les 1250 kilomètres qui séparent Algéciras du Perthus. C’est vrai qu’il pouvait compter sur l’ignorance en géographie dont ont si bien témoigné les dirigeants du RN pour faire leur cirque. A la finale, une indécente et coûteuse mise en scène qui, en plus de valider un mensonge, détourne des policiers et CRS d’autres missions plus utiles comme d’aider les forces de sécurité civile qui combattent les incendies.
Honte à ce gouvernement et à tous ceux qui ont souhaité sur les réseaux sociaux la mort des aspirant·es à l’émigration, comme si nos sociétés n’étaient pas davantage menacées par la course illimitée aux profits en faveur d’une minorité de la population planétaire, que par le changement climatique et la pauvreté de masse qui n’en sont que des conséquences, les deux jetant à la mer des milliers de nos frères et soeurs en humanité.
Pour elles, pour eux et celleux qui les ont précédées dans les vagues, peine et solidarité. Pour les responsables de cette danse macabre : ni oubli ni pardon.
