Maroc-Espagne : Du règlement de compte au fantasme de la submersion migratoire

Ceuta Espagne, fantasme de la submersion migratoire - Photo - TV5 Monde
Ceuta Espagne, fantasme de la submersion migratoire - Photo - TV5 Monde

Pour se venger de la visite du 1er ministre espagnol Pedro Sanchez en Algérie, le Maroc a délibérément laissé passer les milliers de personnes qui souhaitaient rejoindre les enclaves espagnoles. 57 d’entre elles sont mortes noyées.

La même stratégie avait déjà été employée par la monarchie marocaine en 2021 lorsque l’Espagne avait accueilli sur son sol Brahin Gali, le leader du Front Polisario venu se faire soigner.

La désespérance utilisée pour déstabiliser le gouvernement espagnol

Passons sur les tractations hallucinantes auxquelles a donné lieu le soutien international à la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental, à la faveur de laquelle Emmanuel Macron avait rompu la position historique de la France. Passons sur la volonté convergente des forces réactionnaires d’Espagne, mais aussi des USA, d’Israël ou d’Europe pour mettre en difficulté le gouvernement le plus en pointe en matière sociale ou le premier soutien à la Palestine… Le fait que des dizaines de milliers de personnes n’aspirent qu’à quitter leur pays, au risque de se noyer, en dit long sur l’état de désespérance de la jeunesse du Royaume du Maroc dont on nous vante la réussite économique et la carte postale touristique.

Alimenter la peur de l’invasion

La décision du Maroc de laisser passer les « migrants » a permis de créer des images chocs qui accréditent les discours de peur de l’invasion étrangère, ceux de toutes les formations racistes européennes (extrême droite en tête, mais pas qu’elle). Les médias se délectent de ces images et tous les gouvernements européens, qui souhaitent désormais exclure l’Espagne de l’espace Schengen (alors que Ceuta n’en fait pas partie !) se lancent dans le récit d’une « vague » incontrôlée de migrants, terme qui camoufle les drames humains qui se jouent, avant, pendant, après la traversée de ces quelques centaines de mètres qui séparent le Maroc de l’enclave espagnole de Ceuta. Macron et son ministre de l’intérieur Laurent Nuñez ne sont pas en reste pour s’afficher en rempart à la supposée submersion : des contrôles vont être mis en place aux frontières pyrénéennes. Pendant ce temps, par la voix de son Premier ministre, l’Espagne dénonce « l’attaque » qu’elle a subit et promet de renvoyer les 40 à 50 000 personnes entrées par la mer à Ceuta à l’envoyeur, ce qui est déjà en cours.

Les questions simples passées à la trappe

Ces événements dont on ne peut encore mesurer toutes les conséquences et les évolutions posent quelques questions que l’instrumentalisation éhontée de ce drame tend à faire passer à la trappe. Par exemple : le droit de s’installer dans le pays de son choix n’est-il plus un principe de base du droit international dont l’ONU est le garant ? Pourquoi l’Espagne détient-elle toujours deux enclaves en Afrique du Nord (Ceuta et Melilla) ? Pourquoi les Européens ont-ils le droit d’aller n’importe où sur le continent  africain et pas les Africains en Europe ?

Une image percutante circule sur le net qui envoie à chacun·e une question basique. Elle dit simplement ceci : « Demain, le réfugié, ce sera peut-être vous ». Les victimes des incendies en Gironde en ont fait la triste et brève expérience dans leur propre pays et ils ont bénéficié d’élans magnifiques de solidarité. Ce qui s’est passé en 24 heures à Ceuta nous renvoie à ce constat que la seule issue aux problèmes, la seule boussole d’une action qu’elle soit nationale ou internationale, doit être en toutes circonstances la solidarité et la coopération entre les humains, d’où qu’ils viennent et où qu’ils soient.

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