Le Festival de Cannes 2026 s’est refermé sur un palmarès très politique, avec des films traversés par les fractures du monde contemporain, la mémoire des conflits et les dérives idéologiques. Sous la présidence du cinéaste sud-coréen Park Chan-wook, le jury a multiplié les ex aequo afin de distinguer un maximum d’œuvres parmi les 22 films en compétition.
La Palme d’or est revenue au Roumain Cristian Mungiu pour Fjord, et elle offre au réalisateur une deuxième récompense suprême après 4 mois, 3 semaines, 2 jours en 2007. Le film raconte l’installation d’une famille rigoriste dans un village norvégien, jusqu’au placement de leurs enfants par les services sociaux après des soupçons de violences. À travers ce drame intime, Mungiu interroge les tensions entre religion, éducation, intégration et contrôle social. Sur scène, le cinéaste a appelé à davantage « d’empathie » et de « tolérance » dans des sociétés qu’il juge « fracturées » et « radicalisées ».
Le Grand Prix a récompensé Minotaure du réalisateur russe Andreï Zviaguintsev. Adaptation libre de La Femme infidèle de Claude Chabrol, le film transpose le récit dans la Russie de 2022, au moment de l’invasion de l’Ukraine. Vivant désormais en France, le cinéaste a profité de son discours pour interpeller directement Vladimir Poutine, appelant à « mettre fin à ce carnage ».
Le cinéma français repart avec un seul prix majeur. Emmanuel Marre a obtenu le Prix du scénario pour Notre salut, une plongée dans la collaboration administrative sous Vichy. Tourné dans une esthétique proche des actualités d’époque, le film suit le glissement progressif d’un fonctionnaire ordinaire vers la participation active aux rafles et à la déportation.
Parmi les autres distinctions, Valeska Grisebach a reçu le Prix du Jury pour L’Aventure rêvée, western contemporain porté par une héroïne confrontée à la violence masculine aux frontières de l’Europe. Les prix d’interprétation ont également été partagés : Virginie Efira et Tao Okamoto ont été sacrées pour Soudain, tandis qu’Emmanuel Macchia et Valentin Campagne ont été récompensés pour Coward.
Cette 79e édition aura aussi été marquée par la tribune anti-Bolloré signée par plus de 3 000 professionnels du cinéma, par les menaces de Canal+ à l’encontre des signataires et par les tensions croissantes qui pèsent sur la liberté de création en France et dans le monde.
