Alors qu’une centaine de manifestations sont organisées ce week-end contre la présomption d’usage légitime des armes par les forces de l’ordre, le débat dépasse largement la seule question policière. Le texte reprend une revendication portée depuis des années par Alliance Police nationale, syndicat majoritaire dont la direction assume désormais une proximité politique avec le Rassemblement national.
Ce dimanche, la contestation gagne la rue. À Paris, le cortège s’est élancé de la place de la République. Les opposants à la nouvelle présomption accordée aux policiers et gendarmes qui utilisent leur arme dénoncent un bouleversement de la logique juridique. Plus de 150 organisations soutiennent l’appel contre ce qu’elles qualifient de « permis de tuer ». Des rassemblements sont également organisés à Marseille, Montpellier, Lyon, Lille, Bordeaux ou Nice. La CGT Intérieur dénonce une inversion de la logique actuelle : l’usage de l’arme serait présumé légal, à charge ensuite pour la justice d’établir qu’il ne l’était pas.
Adoptée par l’Assemblée nationale le 7 juillet, la proposition de loi doit désormais poursuivre son parcours au Sénat. Ses défenseurs contestent l’expression « permis de tuer » et soulignent que la présomption resterait simple et pourrait donc être renversée par le parquet ou le juge. Mais le texte raconte aussi une autre histoire : celle d’une vieille revendication syndicale qui a fini par entrer dans la loi.
Mais derrière la bataille juridique se joue aussi une bataille politique. Alliance Police nationale réclame cette présomption depuis plus de dix ans. Dès janvier 2026, son secrétaire général Fabien Vanhemelryck rappelait que cette revendication était portée par son organisation depuis une quinzaine d’années. Problème : Alliance n’est plus tout à fait à équidistance des forces politiques. Lors des législatives de 2024, Le Monde relevait déjà les difficultés des syndicats policiers, et particulièrement d’Alliance, à maintenir leur neutralité. Un délégué local du syndicat s’était notamment présenté sous l’étiquette RN.
La rupture est devenue plus explicite avec Fabien Vanhemelryck. En juillet 2024, interrogé par Mediapart, le patron d’Alliance qualifiait d’« énorme connerie » l’appel à faire barrage au Rassemblement national. Le journal titrait alors sur un dirigeant syndical assumant sa proximité avec le RN. Deux anciens responsables syndicaux de la police, dont l’ancien secrétaire général d’Alliance Jean-Claude Delage, alertaient au même moment sur les dangers d’un parti qui, selon eux, « encourage le racisme, la xénophobie et clive la société ».
Ces prises de position ont même provoqué des départs : en septembre 2024, Romain Vézine, secrétaire départemental d’Alliance dans le Tarn-et-Garonne et membre du bureau régional en Occitanie, quittait ses mandats en dénonçant les propos de Vanhemelryck.
Alliance revendique aujourd’hui une position dominante dans la représentation policière : avec ses partenaires, le syndicat avait recueilli 49,45 % aux élections professionnelles de 2022 au comité social d’administration ministériel et plus de 51 % dans deux autres instances de la Police nationale.
De fait, une revendication syndicale ancienne est devenue une disposition législative, tandis que le premier syndicat policier s’est politiquement rapproché d’une extrême droite qui fait de la sécurité l’un de ses principaux marqueurs.
Dans la rue ce dimanche, les opposants au texte posent une question plus que légitime et qui dépasse l’usage du pistolet : qui fixe aujourd’hui la doctrine politique de la police ?
