Répression des classes populaires : Qui déteste qui ?

Un enfant de 13 ans perd un oeil alors qu'il fête la victoire de son club le PSG - Photo - Screen shot publication Aly Diouara
Un enfant de 13 ans perd un oeil alors qu'il fête la victoire de son club le PSG - Photo - Screen shot publication Aly Diouara

Contrairement à ce qu’affirme cet hasardeux slogan « Tout le monde déteste la police », il semble bien que ce soit l’inverse dans la réalité : la police déteste tout le monde. Il suffit pour le comprendre de regarder ces vidéos de répression aveugle, des Gilets jaunes à Sainte Soline, des raves parties aux baignades parisiennes, des manifestations contre le génocide à Gaza aux fêtes post-matchs de foot …

La police, ou plus exactement ceux qui la dirigent et la commandent détestent le peuple. Ils désignent comme ennemi·es de la république les classes populaires, de préférence racisées, et les contestations politiques. Ils privilégient la répression à la mission d’assurer la sécurité publique. Ils choisissent pour cela la militarisation des forces de l’ordre et leur surarmement pour réprimer toute expression de joies ou de colères populaires. C’est un choix qui se révèle inapte à assurer la sécurité des grands rassemblements. Il sème en revanche le chaos, provoque des scènes de panique ou de rage, images diffusées en continu, pour effrayer les téléspectateurs, si utiles à nourrir le fantasme de guerre civile chère à l’extrême droite ! Lors de son point de presse hebdomadaire, Mathilde Panot dénonce au nom des Insoumis la « doctrine du désordre ». À l’exception de quelques communes, on refuse l’installation de fan-zones qui auraient permis que la joie s’exprime sans heurts.

Et puis il y a ceux et celles qui la composent, cette police : pour la majorité issu·es de milieux modestes, ces agent·es et gendarmes exercent un métier souvent pénible et parfois dangereux. Ils sont mal considérés, sous-payés, insuffisamment formés, soumis à une hiérarchie incohérente et des ordres absurdes. C’est contre plus malheureux ou plus frustrés qu’eux-mêmes que le pouvoir les pousse à déchaîner leur propre colère. La majorité d’entre eux, gangrénée par le racisme, voterait RN affirment différentes enquêtes électorales ( CEVIPOF, IFOP).

On pourrait comparer la privatisation facturée et magnifiée de la capitale pendant les Jeux Olympiques de 2024 (nul ne pouvait accéder à la plupart des espaces s’il n’avait pas une invitation ou un billet) au refus d’y voir la jeunesse populaire se l’approprier à son tour. Sa présence dans ces mêmes espaces, ces berges, ces places, est aussitôt considérée comme une invasion de sauvages et de barbares, ces « classes dangereuses », qu’il serait légitime de chasser au-delà du boulevard périphérique, et même hors de nos frontières pour les politiciens de droite qui ne loupent pas une occasion de sortir leur rengaine raciste.

On peut également constater que l’incursion violente, une semaine plus tôt, d’une centaine d’ultras de l’OGC Nice se revendiquant de l’extrême droite qui ont agressé plusieurs passants et démoli un bar dans le Xème arrondissement de Paris à la veille de la finale de la coupe de France n’a pas eu les honneurs des infos. Elle n’a pas non plus soulevé l’indignation des chroniqueurs.  Plus prompte à protéger l’extrême droite qu’à en stopper les délits, la police est intervenue trop tard pour éviter les nombreux blessés, mais a cependant placé 65 personnes en garde à vue, dont une quinzaine mises en examen. L’habituelle sélectivité des sujets traités dans les médias bollorisés !!

En attendant, pendant que le ministre Laurent Nuñez brandit fièrement le chiffre de 890 arrestations au soir du 30 mai (arrestations en hausse pour des faits de violence en réalité en baisse), il ne s’étend pas trop sur les 219 personnes blessé·es dont 8, grièvement et encore moins sur celles qui ont été victimes de violences policières. Sur les réseaux, on voit un journaliste être matraqué en direct, les témoignages nombreux de jeunes fêtard·es gazé·es et brutalisé·es, et deux cas au moins de personnes ayant reçu une balle de LBD tirée par la police. Comme dans le film Les Misérables qui a remporté le prix spécial du jury à Cannes en 2019, et l’Oscar 2020 du film international, on apprend que l’une des victimes est un enfant de 13 ans qui a perdu un œil à Bobigny, explique Aly Diouara, député LFI qui a saisi le procureur de la République.

[VIDEO] Aly Diouara dénonce le désordre organisé du Gouvernement pour la finale de la Ligue des Champions :

Des nuances sont toutefois apportées à une lecture uniquement « de classe » de ces manifestations et la dénonciation légitime du mépris et surtout du racisme qui s’expriment à l’égard de celles et ceux qui partagent l’euphorie des victoires sportives. Car cette foule était socialement bien plus diverse que le suggèrent les propos méprisants de l’extrême droite, y compris du côté des dégradations commises très marginalement. On peut donc aussi avoir une lecture plus nuancée, ou même carrément « genrée », des violences qui entourent depuis bien longtemps et dans bien des pays les rencontres de football. Elles sont le fait des hommes et uniquement d’eux. À cet égard, quelques FEMEN ont eu le courage de rappeler samedi soir au milieu de la foule en transe que le nombre de viols et de violences conjugales augmente nettement les soirs de matchs.

Les analyses qu’elles soient « sociale », « racialisée » ou « genrée » ne s’opposent pas, mais illustrent ce qu’on appelle « l’intersectionnalité ».  L’enseignement à tirer de ces multiples démonstrations de détestation tant dans la police, dans les rues, dans les foyers que dans les médias serait qu’il est urgent que chacun·e sache se situer dans les chaînes entrelacées des dominations pour pouvoir les briser et les remplacer collectivement par des liens de coopération, de fraternité-sororité et de possible joie partagée dans le respect de toutes et tous.

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