Le juge des référés Éric Souteyrand a rejeté, ce samedi 31 octobre, le recours contre l’interdiction de manifester à Montpellier. Malgré les arguments de leur avocate, les syndicats n’ont pas obtenu gain de cause. Pour Sabine Raynaud, la préfecture organise les conditions d’une impasse : interdire les manifestations déclarées, puis réprimer celles qui se tiennent malgré tout. Bienvenue dans une Montpellier dystopique ?
Le vice-président du tribunal administratif de Montpellier, Éric Souteyrand, a tranché. Dans son ordonnance n° 2608653, il considère que la préfète de l’Hérault n’a pas porté d’atteinte grave et manifestement illégale à la liberté de manifester. L’interdiction du rassemblement du 31 octobre est donc maintenue.
100 syndicalistes contre les casseurs
Pour justifier sa décision, le magistrat retient les risques de violences, des menaces d’incendie visant des bâtiments publics et les difficultés de mobilisation des forces de l’ordre après les manifestations des 17 et 24 octobre.
Les organisateurs avaient pourtant annoncé un service d’encadrement d’une centaine de personnes. Insuffisant, estime Éric Souteyrand, face aux risques d’infiltration de casseurs. À l’audience, Marin Lassalle, directeur de cabinet de la préfète, avait évoqué la nécessité de mobiliser au moins 300 policiers et gendarmes.
Mais depuis quand revient-il aux syndicats de neutraliser les casseurs ? Les services de renseignement identifient les menaces, les forces de l’ordre disposent des moyens d’intervenir. Faire peser sur les organisateurs la responsabilité de violences qu’ils ne commettent pas revient à leur demander de faire le travail de l’État.
Déclarer une manifestation ou demander la permission ?
L’avocate des requérants, Me Fürstenheim, a défendu une autre lecture du droit. Selon les propos rapportés par Sabine Raynaud, elle a rappelé qu’aucune obligation générale n’impose aux organisateurs de constituer un service d’ordre ni d’en détailler les moyens dans leur déclaration.
Elle dénonce le glissement d’un régime déclaratif vers un régime d’autorisation de fait. Le juge n’a pas suivi cette argumentation, estimant que l’interdiction n’était ni inadaptée ni disproportionnée dans les circonstances du 31 octobre.
« C’est un piège que nous tend la préfecture »
À la sortie de l’audience, Sabine Raynaud dénonce les conséquences de cette décision : « La préfecture met en place les conditions pour que les déclarations de manifestation n’aient plus aucun sens puisqu’elles sont systématiquement interdites. » Selon elle, les interdictions poussent les manifestants hors du cadre déclaré, facilitant ensuite leur répression. « C’est un piège que nous tend la préfecture. »
La syndicaliste relève une autre contradiction : « Ils n’avaient pas assez de forces de l’ordre, mais alors par contre ils ont assez de forces de l’ordre pour réprimer une manifestation non encadrée. »
La manifestation déclarée devait réunir entre 10 000 et 15 000 personnes. Sabine Raynaud estime que les interdictions découragent les participants et réduisent l’ampleur des mobilisations.
Le juge Éric Souteyrand a validé l’interdiction au regard des risques invoqués par la préfecture. Les syndicats, eux, dénoncent un mécanisme qui rend de plus en plus difficile l’exercice d’une liberté fondamentale. Et, paradoxe, pendant que l’État explique ne pas avoir les moyens d’encadrer une manifestation déclarée, il conserve ceux nécessaires pour disperser les rassemblements interdits. Étonnant, non ?
📣 ✅ Le tribunal administratif s’est prononcé : le juge a validé l’arrêté préfectoral qui interdit la manifestation cette après-midi à #Montpellier .
👉 en conséquence les mesures suivantes sont pleinement applicables :
▪️ la manifestation déclarée par FO ESR à Montpellier ce samedi est interdite ;
▪️les rassemblements de personnes sont interdits dans le centre de Montpellier ;
▪️le couvre feu à l’égard des mineurs non accompagnés sera effectif ce soir dès 20h jusqu’à demain matin 6h à Montpellier (centre-ville) et Béziers (centre-ville / Le Deveze) ;
▪️la captation d’images par drone police-gendarmerie est autorisée ;
▪️le port et le transport d’équipements de protection et d’objets détournés sont interdits ;
▪️l’usage et le transport des artifices de divertissement et d’articles pyrotechniques ainsi que tous produits inflammables ou chimiques sont interdits.L’ensemble de ces mesures administratives visent à prévenir les troubles à l’ordre public et à assurer la sécurité des concitoyens. C’est notre priorité.
— Préfète de l’Hérault 🇫🇷 (@Prefet34) October 31, 2026
