« Une loi intégrale et un budget intégral. » Plusieurs centaines de personnes se sont rassemblées lundi 7 septembre place Vendôme, devant le ministère de la Justice, pour réclamer une réponse à la hauteur des violences sexuelles faites aux femmes et aux enfants. Trois mois après la mort de Lyhanna, 11 ans, l’affaire qui avait provoqué une mobilisation nationale, les associations féministes et enfantistes entendent maintenir la pression.
Pas de hasard dans le calendrier. Le même jour débutait à l’Assemblée nationale le travail de la commission spéciale chargée d’étudier la proposition de « loi intégrale ». Cosigné par 241 députés, le texte doit être examiné en commission à partir du 16 septembre, avant son arrivée dans l’hémicycle début octobre. Il prévoirait une réponse globale, de la prévention à l’accompagnement des victimes, en passant par leur prise en charge judiciaire et la lutte contre la récidive, sans reprendre toutefois la totalité des 150 propositions du collectif d’associations et en renforçant le dispositif répressif alors qu’aucune association ne réclamait cela.
De plus, pour les quelque 150 associations réunies au sein de la coalition à l’origine de la mobilisation, voter une loi ne suffira cependant pas. Elles constatent l’absence d’engagement budgétaire et réclament les moyens humains et financiers nécessaires à son application. Entre 2017 et 2023, les violences sexuelles enregistrées par les services de police et de gendarmerie ont augmenté de 282 %, sans augmentation comparable des moyens de la police et de la justice, rappelle Le Monde.
La pression populaire doit s’accentuer pour améliorer la loi intégrale
La députée insoumise Gabrielle Cathala au micro de France Info constate elle aussi que ce texte n’a aucun budget. « Vous avez un article d’affichage qui mentionne 3 milliards d’euros qui seraient dépensés pendant cinq ans à partir de 2027. Mais dans la loi de finances qui est présentée par le gouvernement et qui sera discutée en octobre, vous n’avez aucune trace de ces 3 milliards qui d’ailleurs sont insuffisants parce que 3 milliards c’est pour lutter contre les violences faites aux femmes, mais ça ne l’inclut pas les enfants » . Elle pose la question « où est l’argent pour l’EVARS [programme Education à la Vie Affective, Relationnelles et à la Sexualité] […] l’argent pour les enquêteurs spécialisés , pour le parcours de soins pour que les victimes réclament en matière de psychotraumatisme et qui est censé être financé par la Sécurité sociale ?« . Elle conclut que « le compte n’y est pas » et invite à bien faire une différence entre la loi intégrale telle qu’elle a été déposée à l’Assemblée nationale et la loi intégrale qui est réclamée par les associations.
Elle avertit : » Je dis attention avec ce qui va se passer pendant les débats en commission et en séance parce que, chaque fois que nous avons discuté de ce type de disposition, qu’est-ce qui se passe ? Toutes les mesures qui coûtent de l’argent sont supprimées à la fois par le RN, les LR et les députés macronistes et toutes les mesures répressives sont retrouvées ensuite à la fin dans le texte ». C’est pourquoi selon elle « la pression populaire doit s’accentuer pour que les meilleures mesures soient conservées dans le texte et que les mesures qui sont problématiques et qui même peuvent porter atteinte à la libération de la parole » soient écartées.
Glucksmann perdu dans le rassemblement «On n’a pas besoin de vous ici»
La soirée a aussi rattrapé Raphaël Glucksmann. Présent dans le rassemblement, le candidat à la primaire de la gauche a été vivement interpellé par plusieurs manifestantes et accusé de récupération. L’une lui a reproché d’être venu « pour les caméras ». Une syndicaliste de la FSU a ensuite attaqué sa ligne politique et la présence d’anciens macronistes dans son entourage : « Vous ne faites pas de bien à la gauche. On n’a pas besoin de vous ici. » Le postulant à la primaire du PS a justifié sa présence par son souci de « partager son expérience européenne« , citant l’expérience espagnole en la matière, révélant bien maladroitement un positionnement surplombant, comme si il était pour quelque chose dans la politique mise en oeuvre en Espagne et comme si les manifestantes avaient besoin de lui pour la connaître.
Une étape politique inopportune donc au milieu d’une mobilisation qui entendait surtout rappeler au gouvernement et aux parlementaires que, pour les associations, une loi « intégrale » ne pourra servir de prétexte à un durcissement pénal que ne réclament pas les victimes ni porter son nom sans un budget qui le soit tout autant.
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