La liberté de conscience n’est pas à géométrie variable

Nicolas Cadène ancien rapporteur général de l'Observatoire de la Laïcité - Photo - DR
Nicolas Cadène ancien rapporteur général de l'Observatoire de la Laïcité - Photo - DR

« Interdire et sanctionner le port du voile ou foulard dans l’espace public » ? Un très mauvais chemin proposé sans surprise par le RN, contre-productif et ouvrant la voie à une police de la pensée décidée par le seul pouvoir.


Une mesure anticonstitutionnelle et anti-laïque : La liberté de conscience est garantie par la Constitution, la Déclaration de 1789, et par la laïcité elle-même. La rue, les places, les plages sont un espace de liberté tant qu’il n’y a pas de trouble à l’ordre public, pas de neutralité. On confond ici la neutralité de l’État avec une neutralisation des individus.

Pourquoi c’est grave ?

Si une conviction visible peut demain être interdite parce qu’elle déplaît à une majorité du moment, sans distinction de ce qui relève du débat d’idées (on peut évidemment ne pas aimer le port du voile) et de la norme commune, plus rien n’empêche d’interdire demain un signe politique, syndical ou philosophique jugé gênant par le pouvoir ou une majorité de circonstances. La laïcité a justement été conçue pour empêcher cela.
Aucune autre démocratie au monde – aucune- n’a une telle interdiction.

Le voile n’a, de fait, et quoi qu’on en pense, pas un sens unique

Des femmes engagées contre l’islamisme le portent : Malala Yousafzai qui se bat contre les talibans, Amina J. Mohammed qui lutte contre les obscurantismes via l’ONU, Latifa Ibn Ziaten qui sillonne les établissements scolaires contre le radicalisme suite à l’assassinat de son fils militaire par un terroriste. Les amalgamer aux islamistes, c’est insulter leur courage pour mieux stigmatiser tous les musulmans de France.

Une mesure contre-productive

L’expérience montre que ce type d’interdiction enferme dans des logiques communautaires et fournit un argument aux discours les plus radicaux des endoctrineurs, qui dénoncent alors une discrimination bien réelle. Bref, c’est une mesure de fausse fermeté complètement illibérale.

Débattre, oui. Interdire, non

On peut débattre du sens du voile, avec les premières concernées d’ailleurs. Cela ne justifie pas d’imposer par la loi une interdiction générale à des citoyennes qui veulent le porter librement. Et si ce n’est pas librement, la loi permet déjà des sanctions (et ce par plusieurs dispositions, dont une datant de la loi de 1905 !).

Ce que demandent vraiment les femmes qui luttent contre le voile obligatoire, en Iran et ailleurs, elles ne réclament jamais l’inverse. Elles demandent la liberté de choisir. Une interdiction générale obéit à la même logique de contrôle du corps des femmes par l’État, seulement inversée.

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