J’ai hésité à répondre à la polémique lancée par la maire de Béziers pour ne pas l’alimenter, sachant que, au regard du paysage médiatique actuel, R. Menard est quasi seul à raconter ses absurdités sans contestation ou presque (pour éviter de parler de la situation peu glorieuse de la ville de Béziers).
Mais comme c’est chose faite, autant rappeler quelques faits pour les mettre en lumière (ses absurdités): Si un élu a le droit d’avoir des convictions et la liberté de les exprimer, cette liberté a une limite précise, bien établie : lorsqu’il représente officiellement la collectivité à travers sa communication institutionnelle, il doit s’abstenir de manifester une adhésion religieuse personnelle.
C’est pourtant très exactement le cas ici : Robert Ménard ne parle pas sur cette affiche (qui reprend son discours public) comme un citoyen exprimant sa foi, il parle en écharpe tricolore, devant la foule, et surtout il le fait dire à une affiche éditée et diffusée par l’administration publique municipale elle-même. Ce n’est plus un élu qui croit : c’est la mairie d’une ville, commune à tou•tes ses habitant•es, qui affiche une préférence confessionnelle.
La loi du 9 décembre 1905 n’interdit pas à un maire d’avoir une foi ni de la vivre. Elle interdit à la République – et à son administration – de reconnaître ou de privilégier un culte. Or cette affiche est financée par l’argent du contribuable biterrois, catholique, musulman, protestant, juif, bouddhiste, autre ou sans religion : c’est lui qui paie une communication municipale qui affirme, en son nom collectif, une préférence religieuse. « On aime la messe » n’est donc pas seulement déplacé dans la bouche d’un maire : c’est une faute de principe dès lors que ce sont les deniers publics et le nom de la Ville qui le disent à sa place.
Il y a plus encore : cette affiche ne se contente pas d’afficher une préférence, elle la construit en creux comme une identité de la ville. En associant « la messe » aux « toros » et aux « flics » dans un même élan revendiqué, sans jamais le dire explicitement, elle laisse entendre que les Biterrois catholiques – et eux seuls – incarnent le véritable esprit de la ville, quand les autres, musulmans, protestants, juifs, bouddhiste, autres ou sans religion, y seraient moins chez eux, ou moins pleinement biterrois.
C’est aussi une manière de monopoliser l’appartenance à une tradition. C’est évidement absurde en plus d’être ridicule et même, minable : on imagine guère Fanfonne Guillierme, immense manadière adorant les Toros de Camargue (et qui, à raison, a osé monter les chevaux à la manière des hommes), protestante et féministe apprécier ce type de discours. Elle l’aurait assurément détesté. C’est aussi là toute la mécanique pathétique de l’instrumentalisation religieuse par l’extrême-droite : elle n’a pas besoin d’exclure nommément pour exclure — il suffit de faire d’un culte le symbole non-dit de l’appartenance à la cité.
À cela s’ajoute la formule sur « les femmes », rapportée au discours du 12 août : réduire les femmes à un objet d’amour aux côtés de la messe et des toros, et railler au passage les « féministes à deux balles », n’est pas une maladresse de communication. C’est le signe d’une même logique : celle où l’exercice d’un mandat public devient le véhicule d’une vision du monde qu’on impose, plutôt que le cadre neutre qui permet à chacun de vivre la sienne.
On peut aimer la messe, les toros et la province qu’on sert. On ne peut pas, quand on est maire, le faire dire à la Ville elle-même dans le seul but d’exclure -en particulier les femmes qui n’aiment pas le machisme et les non-catholiques de son interprétation- et de se vouloir, seul, « d’ici ».
