Le premier débat des présidentielles a été organisé par le MEDEF et LCI (propriété du groupe Bouygues). Tout un symbole : celui d’une caste qui a pris pour habitude d’acheter les médias, de désigner son personnel politique, d’imposer ses sujets et de dicter la langue qu’il convient de parler. À l’exception de Jean-Luc Mélenchon et de Marine Tondelier, tou·tes les candidates ont promis d’alléger, voir de supprimer, les «charges» et les «normes» dont on affirme sans rien prouver que ce sont elles qui freinent la « compétitivité » des entreprises.
Les « charges », c’est la grande complainte des libéraux qui refusent de payer leur part à l’État et à la solidarité nationale, mais qui attendent en retour que celui-ci forme, soigne, loge et transporte ce qui constitue leur main-d’œuvre, que la protection sociale paye leurs salarié·es quand ils ne sont plus productifs. Ils veulent en plus que l’État leur livre sur plateaux et sans contrepartie les 221 milliards d’aides directes ou indirectes, les milliards de marchés publics et de nouveaux domaines de profits. Marché de dupes, bien entendu, dont on sait qu’il ne rapporte rien en termes d’emplois et de bénéfices sociaux et creuse la dette de l’État.
La complainte des charges et des normes
Que ce soit la proposition d‘alléger les cotisations sociales patronales ou de diminuer les cotisations sociales retenues sur la fiche de paye des employés pour augmenter le salaire sans que ça coûte rien à l’employeur, c’est la confiscation de fait d’une conquête ouvrière et le recul de la solidarité nationale puisque ces cotisations financent, rappelons-le, l’assurance maladie, les accidents du travail, le chômage, les retraites, les allocations familiales… C’est un droit universel et inaliénable qui permet que nul ne soit abandonné. Il faut sortir de la vision comptable imposée par les médias pour revenir aux choix humains. Qu’ils soient patrons ou salariés, artisans ou agriculteurs, qui peut imaginer se passer de ce système de protection sociale que le monde nous envie ? Même les exilés fiscaux sont les premiers à revenir en France à la première alerte quand il s’agit de se faire soigner !
Quant à la suppression des normes, aucun de ses partisan·tes ne s’est aventuré à les désigner clairement. Mais en parlant de charges et de normes, ou du « coût du travail« , comme aiment à dire des patrons qui n’hésitent pas à se surpayer, posons la question souvent rappelée par Jean-Luc Mélenchon : « Sait-on combien coûte le malheur ? Combien coûtent les maladies liées à la malbouffe et à la pollution, à la dépression ? Combien coûtent le mal-logement, les passoires thermiques, les accidents industriels et les catastrophes climatiques mal anticipées, les services publics abandonnés ? »
Ce qui freine l’activité des entreprises, à défaut de parler de compétitivité dont il faudrait pouvoir un jour définir la finalité « produire quoi et pour qui » : c’est la baisse du pouvoir d’achat des classes populaires et donc la baisse de débouchés, l’incertitude de l’avenir, la recherche du profit immédiat, la hausse du prix de l’énergie, des taux de crédit imposés par les banques, les fonds spéculatifs…. Et non tout ce qui permet à ceux qui produisent par leur travail des richesses, matérielles, mais aussi humaines, de vivre dignement et dans un bon environnement.
Flagrant délit de mensonge
Dans cet entre-soi consensuel en faveur des patrons, Bruno Retailleau a presque réussi à doubler Marine Le Pen par sa droite. Pour séduire son public, Gabriel Attal n’a pas hésité à mentir. En plus d’oublier qu’il a été secrétaire d’État sous le gouvernement de son concurrent d’aujourd’hui Edouard Philippe, puis porte-parole du gouvernement Castex, puis ministre en charge des comptes publics puis ministre de l’Éducation nationale et de la Jeunesse du gouvernement Borne avant de prendre sa place à Matignon en janvier 2024, responsable donc du bilan désastreux des deux mandats macronistes, Gabriel Attal a demandé à Jean-Luc Mélenchon de s’excuser pour les propos qu’il attribue à Manon Aubry selon lesquels «Les entrepreneurs sont des nuisibles »… sauf que Manon Aubry n’a jamais déclaré que les «entrepreneurs » étaient des nuisibles. Ce sont les milliardaires qu’elle a qualifiés ainsi en demandant non seulement à ce qu’ils soient taxés, mais aussi interdits.
[VIDEO] Attal, intox et flagrant délit de mensonge :
Lors d’un débat aux Amfis avec la présidente du groupe Les Ecologistes à l’assemblée Cyrielle Chatelain et Raphaël Radeau, porte-parole d’Attac, les trois ont démontré que les milliardaires ne créent pas de richesse, qu’ils sont les plus gros pollueurs de la planète, qu’ils sont mauvais en économie et que 80% de leur fortune est héritée. En revanche, Manon Aubry avait souligné lors de ce débat que ce sont les PME qui créent des emplois et non les grandes entreprises qui elles en suppriment pour assurer leur taux de rentabilité financière.
Car là est aussi l’entourloupe du débat du MEDEF qui met toujours en avant des « petits patrons » alors que se sont les gros qui se payent des lobbyistes, font les lois et se sucrent… tout comme le fait le patron de la FNSEA et les géants de l’agroalimentaire en utilisant les petits agriculteurs comme paravent. Le porte-parole d’Attac avait rappelé dans ce débat des Amfis, autrement plus intéressant que celui de Rolland Garros, que 207 milliards de baisses d’impôts ont été accordées aux plus riches en France depuis 2017.
Alors, stop ou encore ??
