À première vue, Emmanuel Macron ne fait qu’exercer une prérogative constitutionnelle. Le président propose François-Noël Buffet pour succéder à Claire Hédon comme Défenseur des droits. La nomination devra encore être validée par les commissions parlementaires compétentes. Juridiquement, rien d’anormal.
Mais en politique, le choix d’une personnalité n’est jamais neutre. François-Noël Buffet n’est pas un inconnu de la haute fonction publique. C’est d’abord un responsable politique (LR) Les Républicains qui, pendant des années, s’est opposé au mariage pour tous et a porté des positions conservatrices sur plusieurs sujets de société. Emmanuel Macron le sait parfaitement. Comme il sait que ces positions sont difficilement conciliables avec l’image d’une institution chargée de lutter contre les discriminations, de défendre les droits des enfants, de protéger les lanceurs d’alerte ou encore de contrôler la déontologie des forces de sécurité.
La question n’est donc pas la compétence de François-Noël Buffet, mais pourquoi choisir précisément un profil dont on connaît à l’avance le fort potentiel d’irritation politique et de neutralisation d’une institution forte de 270 salariés et d’environ 650 délégué·es réparti·es sur tout le territoire (11 dans l’Hérault) ?
Cette méthode n’est pas nouvelle. Pour son dernier été au fort de Brégançon, Emmanuel Macron gouverne en cherchant le déplacement du centre de gravité du débat public. Chaque nomination polémique oblige les oppositions à consacrer leur énergie à empêcher un recul plutôt qu’à conquérir de nouveaux droits. Le débat ne porte plus sur ce qui pourrait être amélioré, mais sur ce qu’il faudrait préserver.
Recomposition du pouvoir
Le choix de François-Noël Buffet, sénateur du Rhône, participe de cette logique. Les associations se retrouvent contraintes de défendre les fondamentaux mêmes de l’institution, tandis que le gouvernement peut répondre qu’il ne fait que respecter la procédure et proposer un homme d’expérience. La discussion se déplace alors du terrain des valeurs vers celui des compétences, brouillant progressivement la frontière entre neutralité institutionnelle et engagement politique.
Cette stratégie consolide le rapprochement engagé depuis plusieurs années entre le camp présidentiel et une partie de la droite parlementaire. En proposant un sénateur LR à la tête d’une autorité indépendante, Emmanuel Macron envoie un signal à ses partenaires potentiels tout en testant jusqu’où peut aller l’acceptation d’une transformation des instances de contrôle indépendant en supplétif des pouvoirs les plus réactionnaires.
Le véritable enjeu n’est pas le nom de François-Noël Buffet. Le véritable enjeu est de savoir si les autorités chargées de protéger les droites et libertés publiques doivent être perçues comme des institutions au-dessus des clivages politiques ou si elles deviennent, elles aussi, un terrain de recomposition-radicalisation du pouvoir.
Pétition nationale
En parallèle de cette bataille parlementaire, les associations ont lancé une pétition nationale demandant au président de la République de retirer cette proposition et d’ouvrir un nouveau processus de désignation. Elles appellent également les députés et les sénateurs à exercer pleinement leur pouvoir de contrôle en s’opposant à cette nomination. Pour les signataires, l’enjeu concerne la capacité du Défenseur des droits à incarner, sans ambiguïté, les principes d’indépendance, d’impartialité et de protection des libertés fondamentales qui fondent sa légitimité.
Comme un symbole, cette incroyable nomination démontre qu’au terme de son dernier mandat, pour Emmanuel Macron, ce n’est pas « après moi le déluge« , mais « après moi, tout est prêt pour le fascisme«
