100 jours de Julien Miro : le temps de la communication, l’heure des premières vérifications

Julien Miro 100 jours sur tous les fronts - Photo - JPV PLURIELLE INFO
Julien Miro 100 jours sur tous les fronts - Photo - JPV PLURIELLE INFO

Le vent soulève la poussière des chantiers. Les engins hurlent. Dans un décor presque dystopique, Julien Miro a très bien choisi le cadre de sa conférence de presse des 100 premiers jours à la tête de la ville. Le jeune maire veut montrer selon ses mots « un quartier catastrophe » hérité de la gouvernance de Jean-Pierre Grand et Frédéric Lafforgue. Un seul uppercut, et les deux anciens édiles sont KO en 3 secondes.

Mais ce choix subtil de décor lui permet d’entrée de jeu en répondant aux questions des journalistes d’endosser le rôle du sauveur, tout droit sorti de sa série Instagram. Son premier effet est simple. Tout ce qui fonctionne devient le résultat de son arrivée. Tout ce qui dysfonctionne relève de ses prédécesseurs. « Nous avons déjà agi… » « Je veux être un maire de l’action… » « L’époque où on se réfugiait derrière la Métropole est révolue… » Attention : Julien Miro est monté sur le ring, et il est là pour réparer quarante-trois années d’erreurs et remettre la ville en mouvement. Ça, c’est la bande-annonce.

Le nouveau maire reste réaliste et lance : « nous n’arriverons pas à tout, nous aurons des échecs, nous aurons aussi des réussites, mais en tout cas nous mènerons tous les combats, » avant d’ouvrir le jeu des questions-réponses. Le reste de la conférence suivra la même logique. Julien Miro déroule son argumentaire où l’action se conjugue presque toujours au futur proche. Il promet une école à Eurêka, davantage de parkings, un poste de police, un ralentissement de l’urbanisation, une ville « plus respirable » et « plus agréable à vivre ». À plusieurs reprises, il insiste sur sa volonté « d’assumer » les décisions et revendique un changement de méthode : « Je ne serai jamais le maire qui dira que ce n’est pas de sa faute parce que c’est la Métropole. »

Miro, le missionnaire

Julien Miro revendique pleinement sa communication. « Mon seul objectif, c’est de mettre en avant les Castelnauviennes et les Castelnauviens », explique-t-il, se définissant comme « le VRP des Castelnauviennes et des Castelnauviens ». Les vidéos diffusées sur les réseaux sociaux, les visites de commerces, les portraits d’artistes ou encore les inaugurations participent, selon lui, de cette volonté de valoriser les acteurs locaux. « Je me vois comme quelqu’un qui est en mission, un habitant parmi les habitants en mission. »

Les fameux AP/CP qui permettent de suivre les grands investissements dans le temps

Mais il fallait bien le questionner lors de cette conférence sur un terrain moins COM’ et moins spectaculaire : celui des finances publiques. Lors du dernier conseil municipal, la délibération n° 2026/06-11 a acté un point pour le moins inhabituel : « les dispositions du Code général des collectivités territoriales […] n’ont pas été respectées depuis décembre 2024 » concernant les autorisations de programme et crédits de paiement, ces fameux AP/CP qui permettent de suivre les grands investissements dans le temps. Autrement dit, l’outil de pilotage budgétaire n’était pas correctement tenu depuis plus d’un an. Interrogé sur le fait d’avoir malgré tout fait voter un budget supplémentaire avant une remise à plat complète, Julien Miro a renvoyé la responsabilité à la majorité précédente : « On a constaté que la majorité précédente ne l’avait pas fait pour garder des éléments un peu sous le tapis. » Selon lui, son équipe a « rendu la transparence » en passant les AP/CP au conseil municipal, tout en rappelant que le budget supplémentaire n’était pas « la ligne directrice » du mandat, mais un outil destiné à « finir l’année ». Mais il y a tout de même une vraie question politique et démocratique : si l’irrégularité est identifiée, pourquoi attendre le budget primitif 2027 pour une réactualisation complète ? Quels investissements sont concernés ? Quels conseils municipaux ont été privés d’une actualisation conforme ? Et surtout, cette absence de suivi a-t-elle eu une conséquence sur l’information des élu·es et le pilotage des grands projets ? À Castelnau, les habitant·es ne doivent pas être condamné·es à regarder des vidéos en musique de leur nouvel édile, mais iels sont en droit de comprendre pourquoi une anomalie reconnue dans les documents budgétaires ne sera pleinement corrigée que demain.

Le lot 8B de la ZAC Eurêka

Incontournable question sur un dossier qui cristallisera très vite de graves tensions autour de l’urbanisation d’Eurêka. Il s’agit de la création de la SCCV Home Sport Montpellier, une société réunissant la SERM (40 %), FDI Promotion (35 %) et Saint-Roch Promotion (25 %) pour réaliser un immeuble de 70 logements présenté comme une « résidence pour sportifs » sur le lot 8B de la ZAC Eurêka. Le permis de construire a été délivré le 13 mars 2026, quelques jours avant les élections municipales, à l’issue d’une instruction menée en seulement deux mois, un délai particulièrement court pour une opération de cette ampleur. Interrogé par Plurielle sur ce projet, Julien Miro n’a pas remis en cause sa légalité, mais a réaffirmé sa volonté de freiner les futures opérations immobilières. « Tout mon enjeu, c’est de bloquer les projets. Je le ferai de manière légale (…) je vais tout faire pour bloquer les projets d’immeubles, retarder les permis, pousser les délais, mais je n’accorderai aucun permis, sauf si vraiment, à la fin, le tribunal me l’impose », a-t-il déclaré. Une position qui contraste avec les critiques formulées par Richard Corvaisier et le groupe Ici et Ensemble. Ceux-ci reprochent au maire son absence lors du conseil de Montpellier Méditerranée Métropole du 23 juin, au cours duquel était examinée l’affaire n°76 portant précisément sur la création de cette société. Selon l’opposition, Julien Miro a « déserté » cette séance alors même qu’il avait fait de la présence des élus un engagement de campagne. « En désertant cette instance, il n’est pas intervenu contre la décision de construction d’un nouvel immeuble dans le quartier d’Eurêka », écrivent les élus. Lors de ce vote, les conseillers métropolitains de Castelnau-le-Lez présents, François Brothier et les élus de la majorité municipale siégeant à la Métropole, se sont pour leur part abstenus, tandis que la délibération a finalement été adoptée.

Contrôle de gestion et évaluation des politiques publiques : 107 000 euros

Autre sujet abordé par Plurielle, les 107 000 euros inscrits au budget supplémentaire pour mettre en place un contrôle de gestion et une évaluation des politiques publiques. Cette question est alors posée au maire : quels seront les premiers indicateurs publiés avant la fin de l’année pour permettre aux habitant·es d’évaluer objectivement votre action ? Julien Miro ne répond pas directement. S’il maîtrise l’uppercut, il maîtrise aussi l’esquive. Il annonce d’abord le lancement d’un audit de la gestion des quarante-trois dernières années, destiné, selon lui, à « factualiser » le fonctionnement de plusieurs politiques municipales et à mettre au jour des « zones d’ombre ». Il cite notamment l’exemple d’une brasserie installée au Palais des sports, dont le loyer, fixé à 200 euros par mois, charges comprises, illustrerait une mauvaise gestion passée. Relancé sur les 107 000 euros, le maire précise finalement que cette enveloppe financera un logiciel de contrôle de gestion, destiné à renforcer « l’éthique », la « transparence » et le suivi de l’action municipale. En revanche, il ne précise ni les indicateurs qui seront retenus ni le calendrier de leur publication, laissant en suspens la question de l’évaluation concrète de son propre mandat.

Des annonces, maintenant des preuves

Au terme de cette conférence, une chose apparaît : Julien Miro maîtrise parfaitement sa communication. Les vidéos s’enchaînent, les déplacements aussi, les formules sont efficaces et les difficultés actuelles sont presque toujours renvoyées aux années de gouvernance précédente. Sur tous ses fronts, une chose frappe pourtant : un choix politique. La sécurité n’est pas seulement une politique publique dans son discours : elle devient la grille de lecture à travers laquelle il présente l’urbanisme, le budget, l’aménagement, la proximité et même sa communication, celle de l’homme qui « protège la ville », une sorte de « maire-shérif », quitte à assombrir délibérément le diagnostic de la délinquance.

En revanche, dès que les questions portent sur les outils de pilotage, les indicateurs de résultats, le calendrier des évaluations ou encore les anomalies budgétaires reconnues par la majorité elle-même, les réponses deviennent plus évasives. Les promesses sont nombreuses. Les instruments qui permettront demain d’en mesurer objectivement les effets restent, eux, à construire.

Entre conférence de presse et signalement à la préfète

Julien Miro organise sa conférence de presse pour imposer son agenda. Ce même jour, Richard Corvaisier dépose un signalement à la préfète pour déplacer le débat sur le terrain du droit. Pendant que le maire dressait le bilan de ses 100 premiers jours, le chef de file d’Ici et Ensemble adressait un courrier à la préfète de l’Hérault pour demander un contrôle de légalité sur plusieurs décisions de la nouvelle majorité. Gratuité de salles communales, convention signée avec l’association L’Observatoire de Castelnau-le-Lez dont Julien Miro est le représentant désigné, retrait en séance de plusieurs vœux pourtant inscrits à l’ordre du jour : l’opposition dénonce des « dérives graves », un « déni de démocratie » et demande l’annulation de plusieurs actes.

Le premier duel politique est déjà lancé. Julien Miro affirme être « un maire d’action ». Richard Corvaisier lui répond qu’« il est encore un candidat. » Les cent premiers jours auront donc installé deux personnages. Julien Miro veut convaincre par l’image d’un maire qui agit. Richard Corvaisier choisit d’interroger la légalité de ses premières décisions. L’un occupe le terrain de la communication. L’autre celui du contrôle. Les prochains conseils municipaux diront lequel des deux imposera le rythme du mandat.

PUB...

MÉTÉO

🌤️
Météo locale
Localisation en cours...
--°C Chargement...
Ressenti : --°C Vent : -- km/h Humidité : --%
Données météo : Open-Meteo. La position reste traitée dans votre navigateur.

SÉLECTION DE LA RÉDACTION

Des zombies politiques à la rescousse des dominants

INSCRIPTION NEWSLETTER

Trains : LNMP, la ligne de tous les danger ?