La contestation contre le vaste projet touristique prévu sur l’île de Sazan et dans la zone protégée de Zvernec continue de prendre de l’ampleur en Albanie. Samedi encore, plusieurs milliers de personnes ont manifesté dans les rues de Tirana pour dénoncer ce programme immobilier de luxe soutenu par le gouvernement du Premier ministre Edi Rama. Elles demandent sa démission.
Parallèlement, le parquet spécial anticorruption albanais (SPAK) a annoncé avoir demandé l’arrestation de vingt personnes soupçonnées de participation à un réseau de trafic et de blanchiment d’argent. Selon un communiqué transmis samedi et des informations relayées par plusieurs médias albanais, certains des individus visés pourraient entretenir des liens avec le projet touristique controversé associé à la famille Trump.
L’enquête ne vise pas officiellement le projet lui-même. Mais parmi les personnes citées, figure notamment un homme identifié par les initiales A.Sh. Plusieurs médias locaux, ainsi qu’une enquête du site d’investigation Reporter.al, le présentent comme l’un des principaux vendeurs de terrains destinés à être intégrés au futur complexe touristique.
Une autre société mentionnée dans le dossier, désignée par les initiales A.L.D., pourrait correspondre à Albania Land Development. Selon des documents du registre du commerce albanais consultés par l’AFP, cette entreprise a acquis d’importantes parcelles foncières dans la péninsule de Zvernec.
Ces terrains semblent correspondre à la description faite récemment par Ivanka Trump elle-même lors d’un podcast consacré aux investissements de la famille dans les Balkans. « Nous avons cinq miles [huit kilomètres] de front de mer directement en face de l’île, cette magnifique péninsule avec un lagon d’un côté, l’océan de l’autre, de magnifiques plages de sable blanc », y déclarait-elle.
Le projet prévoit le développement d’infrastructures touristiques haut de gamme sur l’île de Sazan, ancienne base militaire fermée au public pendant des décennies, ainsi que sur le littoral de Zvernec. Les opposants dénoncent une privatisation d’espaces naturels particulièrement sensibles sur le plan écologique et réclament l’abandon du projet.
La mobilisation populaire et l’enquête judiciaire qu’elle a entraînée envoient un message aux milliardaires internationaux et aux promoteurs étrangers qui tentent de contourner les lois de protection de l’environnement pour s’approprier des espaces et y faire des fabriques à profit. Elles constituent la voix collective d’une nation qui veut protéger sa souveraineté et peut faire barrage aux accords secrets des entreprises avec des politiques libéraux corrompus.

