Comment comprendre Matthieu Pigasse ? Pilule rouge ou pilule bleue ?

Matthieu Pigasse, suivez le signal - Photo - MPX
Matthieu Pigasse, suivez le signal - Photo - MPX

Banquier d’affaires, actionnaire de médias, investisseur culturel et désormais figure médiatique du débat public, Matthieu Pigasse avance depuis plusieurs mois sur une ligne de crête inhabituelle dans le PFP ( comprendre le paysage français politique ) : celle d’un grand patron qui est capable de revendiquer un engagement politique ancré à gauche. 2026, c’est l’homme de la bataille culturelle, un critique averti du capitalisme contemporain et un lanceur d’appel à l’union de la gauche.

« La politique ne se limite pas aux élections », c’est son mantra. Pour Matthieu Pigasse, la « bataille culturelle » précède la conquête électorale. Il estime que la droite très radicale a pris une avance décisive dans ce domaine, notamment à travers certains médias d’opinion. Il cite CNews comme symbole d’un espace médiatique focalisé sur ce qu’il appelle : « les trois i, l’islam, l’insécurité et l’immigration ». Face à cela, il revendique l’usage des médias comme instruments idéologiques.

Pilule rouge ou pilule bleue ? Pigasse est-il un Morpheus cherchant à réveiller la gauche face à la matrice d’un capitalisme ravageur ou un Agent Smith déguisé en Morpheus, chargé de rendre cette matrice plus acceptable pour mieux en préserver les fondations ? Veut-il libérer du capitalisme financiarisé ou simplement le rendre plus vivable, plus culturel, plus « progressiste », plus fun ?

« La culture est une arme, un acte de résistance, un espace de liberté et un levier de transformation du monde. » Matthieu Pigasse

Matthieu Pigasse est-il un remède au Bollorisme aigu ? Sa recette : vouloir construire des médias engagés. Mais Matthieu affirme se différencier de Vincent, en respectant l’indépendance éditoriale de « ses » médias. Il assume défendre une ligne éditoriale « de gauche » sans intervenir dans le contenu produit par les rédactions.

Banquier d’affaires : oui, mais…

Question économie, cet ancien conseiller ministériel sous la gauche plurielle revendique une expertise acquise au contact des crises financières internationales. Il raconte avoir travaillé sur les restructurations de dettes souveraines en Argentine, en Grèce ou au Venezuela, lorsqu’il dirigeait l’activité « Sovereign Advisory » de Lazard. De cette expérience, il tire sa conclusion politique : l’austérité relève avant tout d’un choix idéologique plus que d’une contrainte économique incontournable.

Son discours économique tranche avec l’image traditionnelle du banquier d’affaires. Il soutient une taxation accrue des grandes fortunes, défend l’augmentation forte des salaires et considère que « le capitalisme est à bout de souffle ». Il insiste également sur l’explosion des inégalités, qu’il présente comme le principal carburant de la colère sociale contemporaine.

Une idiote utile

Politiquement, Matthieu Pigasse cherche surtout à peser sur la recomposition de la gauche, mais quelle gauche ? La molle ? Quelle gauche exactement ? Celle de la rupture qu’il semble revendiquer désormais ou bien celle, plus familière, des passerelles permanentes entre social-libéralisme, médias d’influence et gauche culturelle parisienne ?

Le banquier devenu patron de presse navigue depuis vingt ans dans un écosystème où se croisent Dominique Strauss-Kahn, François Hollande, les réseaux de la social-démocratie européenne. De DSK à Ruffin, d’anciens hollandais, aux figures issues de la galaxie insoumise comme Clémentine Autain ou Alexis Corbière, beaucoup gravitent dans ce même espace flou : celui d’une gauche fragmentée, médiatiquement une idiote utile, souvent plus à l’aise dans la bataille symbolique que dans le rapport de force populaire durable. Bref ! Une gauche d’accompagnement régulièrement remise en scène sur les plateaux TV où le narcissisme de ces acteur·trices les pousse face caméras, comme des moustiques attirés par la lumière, au risque de devenir les figurants permanents d’un spectacle politique dont ils ne maîtrisent plus vraiment le scénario caché qui consiste à affaiblir toute perspective de rupture avec l’ordre économique dominant.

Certains responsables ou éditorialistes de « gauche » sont devenus « malgré eux » ces marionnettes du système, parce que leurs divisions, leurs nuances et querelles internes ou leur obsession anti-Mélenchon contribuent à fracturer la gauche, toute la gauche, au moment où l’extrême droite progresse électoralement.

Pigasse, est-il un passeur entre capital, culture et gauche radicalisée ? Une position encore profondément illisible, sauf à s’affirmer comme un combattant de la finance mondialisée. Aujourd’hui, il se montre comme un homme qui défend une ligne mêlant union électorale et radicalité sociale. Selon lui, « la gauche ne gagnera qu’à gauche », oui, mais à condition de comprendre la colère populaire plutôt que de vouloir la neutraliser au nom du réalisme budgétaire. Si c’est le cas, c’est bien la pilule rouge qu’il propose pour rejoindre la rébellion, sinon Matthieu sera simplement un Agent Smith de plus.

Jusqu’où veut-il aller ? Matthieu Pigasse nie toute ambition immédiate, tout en laissant volontairement planer l’idée d’un engagement futur « si utile, si nécessaire ». Une manière de rester au centre du jeu politique sans encore en franchir le pas. Ministre, pourquoi pas ? L’intéressé aimerait plutôt commencer par une fréquence TNT, il se voit comme une sorte d’André Rousselet, fondateur de Canal Plus et propriétaire des taxis G7 dans les années 80… Pour l’instant, il est surtout le pilote survitaminé dans le style Fast and Furious, d’une galaxie médiatique de gauche encore fragmentée, bricolée entre radios, magazines, podcasts, festivals et ambitions audiovisuelles. Un front culturel progressiste, lancé à toute vitesse dans une course contre la montée de l’extrême droite. À suivre…

Bon à savoir

Combat

Lancé à l’initiative de plusieurs médias indépendants de gauche, Combat se présente comme un magazine engagé mêlant enquêtes, analyses politiques et bataille culturelle face à la progression de l’extrême droite. Porté notamment par L’Humanité, Radio Nova, Les Inrockuptibles, StreetPress et Blast, ce projet éditorial revendique une ligne progressiste et antifasciste.

Pensé comme un « média de coalition », Combat veut dépasser les cloisonnements traditionnels entre presse écrite, radio et médias numériques. Son ambition est de proposer un contre-discours au paysage médiatique dominé, selon ses fondateurs, par les logiques de concentration et les chaînes d’opinion conservatrices.

Le premier numéro, consacré à l’extrême droite, a rencontré un succès inattendu tiré au départ à 10 000 exemplaires, il est en route pour dépasser les 100 000. Matthieu Pigasse y voit la preuve d’une demande croissante pour des médias engagés à gauche, mêlant culture, enquête, humour et critique sociale.

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