Comprendre. Le groupe Nestlé est jugé devant le tribunal correctionnel de Nancy pour des faits de pollution environnementale dans les Vosges. Dans le dossier : des décharges sauvages de bouteilles plastiques à proximité des sources d’eaux minérales Contrex et Hépar. Une affaire aux enjeux sanitaires, juridiques et écologiques, avec une pollution massive et ancienne.
L’origine remonte à plusieurs décennies. Dans les années 1970, des déchets issus de la production industrielle de bouteilles ont été enfouis et brûlés sur différents sites. Selon l’enquête menée par l’Office français de la biodiversité, neuf décharges ont été identifiées, représentant 470 000 m³ de déchets plastiques, soit l’équivalent d’environ 188 terrains de football recouverts d’un mètre de déchets.
Ces déchets, stockés sans protection des sols, se sont progressivement dégradés. Résultat : une contamination des terres et des nappes phréatiques environnantes, avec des microplastiques en quantité exceptionnelle. Les enquêteurs évoquent des concentrations de microplastiques particulièrement élevées. Certaines mesures font état de dizaines de milliers de particules par litre d’eau. Le parquet parle de niveaux « incommensurables », allant jusqu’à des ratios très supérieurs à ceux observés dans des cours d’eau comme la Seine. Face à la catastrophe écologique, ces données sont contestées par Nestlé, qui affirme que ses propres analyses, réalisées par des laboratoires accrédités, ne confirment pas une telle pollution dans ses forages.
Décision attendue le 27 mai
Le procès de la filiale Nestlé Waters s’est achevé après cinq jours d’audience. La décision est attendue le 27 mai, mais les parties civiles redoutent déjà une relaxe, avec, une affaire qui serait fragilisée par la procédure. Lancées en 2021, les poursuites ont reposé sur plusieurs années d’investigations, sans juge d’instruction. Ainsi, une partie des éléments a été annulée pour vice de forme au début du procès. Fait notable, le parquet, à l’origine des poursuites, a lui-même soutenu ces annulations avant de reconnaître dans ses réquisitions qu’il était difficile « d’objectiver une pollution ».
Pour les associations, ce revirement affaiblit considérablement l’accusation. L’avocat Vincent Poudampa évoque un possible « fiasco judiciaire », pointant un déséquilibre entre les moyens de l’industriel et ceux des parties civiles. Dans ce dossier, les associations environnementales et de consommateurs ont joué un rôle central. Certaines estiment avoir compensé les failles de l’enquête. La présidente locale de UFC-Que Choisir déplore notamment la disparition d’éléments de preuve susceptibles d’étayer les accusations.
Souvent les non-dits comme les regards fuyants en disent beaucoup plus long que n’importe quelle plaidoirie. Face à cette pollution hallucinante en microplastiques dans les eaux souterraines, William Thorp journaliste chez Vakita a tendu son micro au tribunal correctionnel de Nancy le mercredi 25 mars, où était entendu Nestlé ce jour-là.
[VIDEO] La pollution de ces décharges au centre des débats.
Un enjeu au-delà du procès : la remise en état des sites
Quelle que soit la décision attendue fin mai, l’affaire dépasse le cadre judiciaire. Elle pose la question du suivi des pollutions industrielles anciennes et de la capacité des institutions à y répondre efficacement. Pour les parties civiles, l’enjeu principal reste désormais la remise en état des sites. Un chantier qui pourrait s’étendre sur plusieurs années, et dont dépend la préservation durable des ressources en eau dans les Vosges.
