Interview de Sergueï Lavrov : entre nécessité journalistique et exercice sous contrainte

Sergueï Lavrov sur France Télévision mars 2026 - Photo - Screen shot francetv
Sergueï Lavrov sur France Télévision mars 2026 - Photo - Screen shot francetv

Le 26 mars dans le journal de 20 heures de France Télévisions, Léa Salamé recevait en duplex le ministre russe des affaires étrangères Sergueï Lavrov. Un échange rare, dans un contexte international marqué par la guerre au Moyen-Orient et le rôle croissant de la Russie aux côtés de l’Iran. Echange qui a fait l’objet de vives critiques contraignant la direction à se justifier.

Dès les premières minutes, interrogé sur une éventuelle fourniture de renseignements militaires à Téhéran, Lavrov oppose un démenti catégorique. Une réponse attendue, qui illustre l’un des dilemmes récurrents du journalisme international : faut-il donner la parole à un acteur accusé de désinformation ? Et qui décide de ce qui relève de l’information et de la désinformation ?

Un « intérêt journalistique évident »

Pour Philippe Corbé, directeur de l’information de France Télévisions, la réponse est sans ambiguïté. La Russie étant un acteur central du conflit, l’interroger relève d’un « intérêt journalistique évident ». Au-delà de la véracité immédiate des propos, l’enjeu consiste à analyser les inflexions du discours officiel ou, à l’inverse, sa rigidité. Exercice qui n’a pas été fait, notons le, quand la rédaction a reçu à maintes reprises des représentants de l’état israélien.

L’entretien en question intervient à un moment choisi par Moscou. Selon Hugo Plagnard, rédacteur en chef du journal de 20 heures, Lavrov a accepté le principe il y a trois mois, avant de repousser à plusieurs reprises la date. Un calendrier maîtrisé, pour semble-t-il servir les objectifs stratégiques du Kremlin dans cette séquence médiatique.

Sur le fond, aucune question n’a été interdite, ni communiquée à l’avance. Seule exigence : la diffusion intégrale de l’entretien. une condition acceptée par la rédaction, qui a publié en ligne la version complète, au-delà des dix minutes diffusées à l’antenne. Un choix revendiqué comme un gage de transparence.

[VIDEO] Invité exceptionnel du « 20 Heures » jeudi 26 mars 2026, le chef de la diplomatie russe en intégralité et en 61 minutes :

Reste la contrainte technique du duplex, avec traduction simultanée. Selon la rédaction, Lavrov retirait régulièrement son oreillette, compliquant les relances immédiates. Malgré ces obstacles, Léa Salamé a maintenu un questionnement contradictoire, notamment sur les frappes contre les civils en Ukraine ou sur le respect du droit international… questions étonnamment absentes lors d’interviews de dirigeants israéliens ou balayées d’un revers de phrase au nom de la lutte contre le terrorisme ou de la sécurité d’Israël.

Complaisance ou pas ? Et avec qui ?

Face aux accusations de « complaisance », la direction de l’information défend avoir confronter le pouvoir russe à ses contradictions, y compris frontalement. Un positionnement qui peut se défendre avec des centaines de reportages en Ukraine et des entretiens réguliers avec Volodymyr Zelensky. Là encore, constatons à l’occasion de cette défense que cette exigente confrontation d’un état belliqueux et expansionniste combien elle a été absente face aux représentants du gouvernement de Netanyahu dont l’intervention sur les plateaux de Tv français n’avait rien d’exceptionnel et qui ont bénéficié sans trop de plus de mansuétude – au point que la totalité de leur discours était relayé par la parole médiatique.

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