Opération « lynchage en meute » : quand les médias se vautrent dans le racisme et la désinformation

Opération "lynchage en meute" - Photo - LAB_ PLURIELLE INFO
Opération "lynchage en meute" - Photo - LAB_ PLURIELLE INFO

Bally Bagayoko a été élu. Un maire noir sous l’étiquette LFI : il n’en fallait pas plus pour que certains médias de masse et opposants politiques étalent leur racisme et lui inventent une vie. L’opération « lynchage en meute » était lancée.

« La ville des Noirs et du peuple vivant » alors que Bally Bagayoko a dit : « la ville des rois… la ville des rois… la ville des rois et du peuple vivant« . Le premier à diffuser cette fausse information est Emmanuel de Villiers, ancien directeur du Puy-du-Fou et « grande gueule » de RMC. Il écrit : « Le futur maire LFI de Saint-Denis s’autorise un humour extravagant (ségrégationniste ?) en proclamant que Saint-Denis est la ville des noirs« . La fausse information est reprise par Gilbert Collard, ancien député et eurodéputé du Rassemblement national et soutien d’Eric Zemmour à la présidentielle de 2022 : « Darius Rochebin dit au nouveau maire de Saint-Denis : ‘C’est la ville des rois’, il répond : ‘C’est la ville des noirs.’ Où est le racisme ? Cette phrase est terrible par son séparatisme ». Puis, Apolline de Malherbe pendant l’interview de la matinale le mardi 17 mars. Elle a présenté ses excuses sur Twitter/X.

De la fachosphère aux plateaux TV

Suite à cette fausse information et alors qu’elle avait déjà été démentie, Cnews y a consacré un débat. Le patron de Frontières, Érik Tegnér a déclaré « La nouvelle France de Jean-Luc Mélenchon, c’est l’immigration. Pas n’importe laquelle. Les Suédois, les Portugais, les Italiens, ça ne marche pas. On parle d’une immigration africaine et arabo-musulmane. Être un Français gaulois, être ici depuis un siècle, c’est ringard. Il faut laisser la place ». Son collègue Yoann Usaï, proche de l’extrême-droite, a déclaré : « Ça me met hors de moi. Je suis châtain aux yeux verts, je ne suis pas racisé, est-ce que j’ai encore ma place dans ce pays ? Il faut le dire clairement : les étrangers qui envisageraient de venir en France ne sont plus les bienvenus. Ces images à Saint-Denis montrent que nous n’avons plus les capacités d’assimiler. L’intégration est impossible. »

Sur BFMTV, Denis Tugdual, « journaliste » de Valeurs actuelles a aussi demandé à Bally Bagayoko s’il était à la main des dealers, pendant une émission de BFM TV, alors qu’il n’existe aucune preuve de lien entre l’élu et le narcotrafic. Il demande à Bally Bagayoko si « des narcotrafiquants » n’avaient pas facilité son élection à la mairie et s’il risquait d’être « redevable » envers certains « patrons de points de deal » qui avaient appelé à voter pour lui. Ces accusations proviennent initialement de Mathieu Hanotin, ancien maire socialiste de Saint-Denis. Bally Bagayoko a porté plainte pour diffamation publique contre ce dernier.

Animalisation et racisme assumé

Après ces séquences ô combien minables vint le racisme assumé. Ainsi Jean Doridot peut déclarer en toute détente sur Cnews : « Maintenant, c’est important de rappeler que l’homo sapiens, nous sommes des mammifères sociaux et de la famille des grands singes. Et par conséquent, dans toute collectivité, dans toute tribu – nos ancêtres chasseurs-cueilleurs vivaient en tribus – il y a un chef qui a pour mission d’installer son autorité« . Convoquer l’imaginaire raciste « noir/singe » : seuls les racistes n’y voient rien de dérangeant.

Poursuivons avec Michel Onfray sur Cnews (encore et toujours) qui se vautre pendant plusieurs minutes dans un racisme bien crasseux en déclarant : « Ça, c’est très tribal. On fait l’allégeance au mâle dominant ». « Mais on n’est pas dans une tribu primitive ». « Vous avez le mâle dominant qui est là qui décide, toi tu auras à manger, toi t’auras pas à manger, moi j’aurai les femelles, toi t’auras pas les femelles. » Michel qui peut compter sur Laurence Ferrari, soldate bien servile de Bolloré pour prendre sa défense sur Twitter, la fosse à purin suprémaciste de la planète.

Les faits à la trappe

Rétablissons les faits suite à nombre de fake news largement diffusées par les médias se masse : Bally Bagayoko ne compte pas démanteler sa police municipale, il compte la désarmer, et non il n’a pas menacé des agents en désaccord avec son projet politique. Le chiffre de 90 policiers comptant quitter leur poste est infondé, il provient du compte Cerfia : ceci n’est pas un média, c’est un compte qui republie des vidéos de Snapchat, des dépêches AFP tronquées ou des extraits d’articles, ce compte a été racheté par le milliardaire d’extrême droite Pierre-Édouard Stérin en 2025 : pas de journaliste, pas d’analyse, pas de transparence, tweets qui visent l’Algérie, panique sécuritaire et autres obsessions racistes d’extrême droite.

Les étapes de la diffamation

Reprenons et détaillons l’observation de Clémence Guetté , c’est effectivement toujours le même processus diffamatoire :
1) Une fausse information est inventée par l’extrême droite (exception pour les liens entre narcotrafic et Bally Bagayoko qui est une fake news de Mathieu Hanotin du parti socialiste, mais qui a bien été reprise et diffusée par l’ignare de Valeurs actuelles sur BFM TV).
2) Les médias la reprennent sans la questionner. C’est aussi un mécanisme que nous avons pu observer lors de la mort du néonazi Quentin Deranque. La meute médiatique a repris le narratif de Némésis sans le questionner.
3) La bourgeoisie politique s’empare de la fake news pour criminaliser les personnes immigrées ou les personnes noires ou arabes ou musulmanes ou les antifascistes.

Démocratiser le discours raciste

Ces calomnies, fake news et propos diffamatoires remplissent trois objectifs :
1) Criminaliser la gauche antifasciste, les habitants des quartiers populaires, les héritiers de l’immigration.
2) Diffuser et démocratiser un discours raciste et néocolonialiste afin de banaliser l’idéologie d’extrême droite, extrême droite qui est une alliée de la bourgeoisie.
3) Occuper l’espace médiatique afin de passer sous silence la violence politique de la droite et de l’extrême droite : militants de gauche passés à tabac à Nice et à Nîmes, menace de mort à l’encontre de la journaliste Nassira El Moaddem par le sénateur LR Thierry Meignein, 250 brebis galeuses à droite et à l’extrême droite candidates aux élections municipales et mises en cause pour des propos racistes, antisémites, violences, terrorisme…

Et pendant ce temps, aucune condamnation de ces propos à droite et à l’extrême droite. Les membres de l’ARCOM semblent avoir aquaponey.

Alors chers téléspectateurs des chaînes d’information, si vous passez par ici par hasard, sachez que si certains médias tentent de vous croire que la gauche antifasciste est un danger pour la démocratie et est composée de dangereux criminels, c’est bien parce qu’ils vous prennent pour une masse d’abrutis incapables de réfléchir et dénués d’esprit critique.

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