Le cas du MV Hondius intrigue autant qu’il inquiète. Depuis le début du mois de mai, le navire d’expédition polaire Hondius, exploité par Oceanwide Expeditions, se retrouve au centre d’une crise sanitaire internationale après plusieurs décès suspects et des cas confirmés de hantavirus à bord.
80 cabines, 107 mètres de long, le premier signalement remonte à avril. Un passager néerlandais de 70 ans tombe gravement malade pendant une croisière reliant l’Antarctique au Cap-Vert. Il décède en mer. Sa femme, évacuée à Sainte-Hélène, meurt ensuite en Afrique du Sud. Quelques jours plus tard, un passager britannique est hospitalisé à Johannesburg avec un hantavirus confirmé. Un troisième décès est ensuite signalé à bord.
Immobilisé au large du Cap-Vert
Le navire, immobilisé au large du Cap-Vert avec près de 150 personnes à bord, a déclenché une mobilisation sanitaire internationale. L’OMS évoque désormais plusieurs cas suspects supplémentaires et n’exclut pas une transmission interhumaine, hypothèse rare mais connue avec la souche dite « Andes », présente en Amérique du Sud. Le journal Le Monde insiste sur la singularité de cette croisière « repositioning », très haut de gamme, entre l’Antarctique et l’Atlantique sud. Le Guardian souligne la difficulté de gestion médicale dans une zone parmi les plus isolées du globe. Reuters rappelle qu’aucun précédent comparable n’avait été documenté sur un navire de croisière.
Rongeurs sauvages
Derrière les images d’un paquebot bloqué au large du Cap-Vert, c’est une question scientifique qui se pose : comment un virus rare, habituellement lié aux rongeurs sauvages, a-t-il pu provoquer plusieurs morts sur un navire moderne ? Les hantavirus sont connus depuis plusieurs décennies. Ils se transmettent principalement par inhalation de poussières contaminées par l’urine ou les excréments de rongeurs infectés. Dans les Amériques, certaines souches provoquent un syndrome pulmonaire sévère, avec une mortalité pouvant dépasser 30%.
Dans cette affaire plusieurs éléments ne collent pas au schéma classique. D’abord, les passagers ont voyagé dans des zones extrêmement isolées : Antarctique, Géorgie du Sud, Tristan da Cunha ou Sainte-Hélène. Certaines excursions ont pu exposer les voyageurs à des environnements fréquentés par des rongeurs sauvages. Ensuite, l’hypothèse d’une transmission entre humains est désormais étudiée. Normalement, les hantavirus se transmettent très difficilement d’une personne à l’autre. Une exception existe toutefois : le virus Andes, identifié en Argentine et au Chili. Cette souche peut se transmettre lors de contacts très rapprochés et prolongés.
Laboratoire flottant
Pour les scientifiques, le MV Hondius agit désormais comme un laboratoire flottant. Les analyses génétiques en cours doivent déterminer si tous les malades ont contracté la même souche virale et si le navire a servi de lieu de contamination ou seulement d’amplificateur. Un cas d’espèce qui met l’accent sur une réalité : le changement climatique, l’augmentation du tourisme polaire et les contacts humains avec des écosystèmes fragiles qui favorisent l’émergence de maladies rares. Plusieurs chercheurs interrogés par Nature estiment que ces épisodes pourraient devenir moins exceptionnels dans les années à venir.
Sous haute surveillance sanitaire
Donc, bloqué depuis dimanche au large du Cap-Vert, le navire d’expédition polaire MV Hondius reste sous haute surveillance sanitaire. Ce mercredi 6 mai 2026, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a confirmé l’évacuation de deux membres d’équipage malades ainsi que d’un cas contact présentant une légère fièvre. Les trois personnes doivent être prises en charge aux Pays-Bas.
À bord du bateau se trouvent encore 88 passagers et 59 membres d’équipage, dont cinq touristes français. Aucun nouveau cas symptomatique n’aurait été détecté selon la compagnie. Le bilan reste toutefois lourd : trois morts et désormais trois cas confirmés d’hantavirus, après l’identification d’un passager positif en Suisse.
Le navire doit désormais rejoindre les îles Canaries dans les prochains jours afin d’organiser le rapatriement des passagers sous protocole sanitaire renforcé. L’OMS estime néanmoins que le risque pour le grand public reste « faible ».

