Avec sept listes en lice et près d’un électeur sur deux abstentionniste, le premier tour des municipales du 15 mars à Lunel illustre une forte fragmentation politique. La maire sortante arrive en tête, mais reste isolée, tandis que la gauche et la droite apparaissent éclatées, laissant un second tour, le 22 mars, ouvert et incertain.
Sur 19 095 inscrits, 10 205 votants ont été recensés, soit 46,56 % d’abstention.
La maire sortante, Paulette Gougeon (LR), arrive en tête avec 28,07 %, devant Anthony Belin (Rassemblement local, 21,37 %) et Stéphane Dalle (Horizon, 19,02 %). Les autres listes obtiennent : Stéphane Muscat (droite) : 9,66 %; Thierry Razigade (droite, sans étiquette) : 8,98 %; Bruno Gagne (LFI) : 7,76 %; Lise Florès (Lunel Collectif, Divers gauche) : 5,14 %
Une gauche divisée et affaiblie
La gauche lunelloise est profondément fragmentée. La France Insoumise qui recueillait près de 15 % aux européennes à Lunel et dont la candidate NFP, Nadia Belaouni, avait atteint le second tour des législatives, s’effondre à moins de 8 % aux municipales. La France insoumise et ses alliés ont sans doute été trompés par leurs succès antérieurs et ont cru pouvoir gagner seuls, une stratégie qui n’a pas fonctionné cette fois-ci.
Lunel Collectif, qui avait en vain appelé à l’union, mais n’a pas été entendu par les partis traditionnels, a porté de son côté une liste d’union citoyenne, visant à rassembler la société civile et les électeurs de gauche. Une tentative qui n’a pas non plus su rassembler malgré une campagne offensive et remarquée.
Enfin, cette division, accentuée par le choix du Parti socialiste de s’allier avec la candidate LR, a réduit les chances de la gauche de peser significativement dans le scrutin. Il semblerait que le PS historique local se soit éparpillé sur trois listes de droite, ce qui laisse songeur sur sa légitimité à se déclarer de gauche et à y reprendre un quelconque leadership.
À droite, une multiplication des listes issues de la majorité sortante
La droite est elle aussi fragmentée. La multiplication des listes issues de la majorité sortante — élus en place, anciens collaborateurs, figures locales — illustre une guerre des égos qui empêche la formation d’une dynamique majoritaire claire.
Malgré sa première place, Paulette Gougeon n’a jamais été élue directement à la mairie et n’a accédé à la fonction qu’après le décès de Pierre Soujol, élu en 2020. Jusqu’alors, elle n’avait exercé que des délégations secondaires (festivités, associations) et n’avait pas assumé de responsabilités exécutives centrales. Elle demeure isolée.
Sa campagne en ligne s’appuie sur une communication visuelle et musicale, lors de laquelle on l’a peu entendue s’exprimer. Elle a par ailleurs été très critiquée pour avoir esquivé le débat Midi Libre. Dans cet entre-deux-tours enfin, il lui est reproché de n’avoir engagé aucune concertation avec les autres listes.
Elle tente toutefois de mobiliser symboliquement en appelant à une manifestation contre l’extrême droite vendredi, un geste qui fait discrètement sourire à gauche : Mme Gougeon n’ayant jamais participé à ce type de mobilisation auparavant et n’étant d’ailleurs pas présente à la manifestation du 14 mars contre le racisme.
Dalle en dynamique de rassemblement
Stéphane Dalle, en revanche, a multiplié les rencontres avec toutes les listes. Il a intégré plusieurs propositions de Lunel Collectif (associations, agriculture, ferme en régie), accueilli deux candidats de la liste Razigade, mais n’a pas conclu d’alliance avec Stéphane Muscat.
Il se positionne désormais comme une alternative au «manque de compétences» de la maire sortante et à «l’extrémisme » du candidat Anthony Belin, appelant clairement au ralliement. Lunel Collectif appelle quant à lui à ne pas voter pour Belin, sans clairement soutenir un autre candidat.
Dans ce contexte de divisions et d’alliances partielles, le second tour du 22 mars dépendra largement des reports de voix. Entre une maire sortante isolée et un candidat en dynamique de rassemblement, l’issue du scrutin reste plus ouverte que jamais.

