Montpellier : « la résistance s’installe », LFI revendique un rôle central face au PS

Montpellier Alban Desoutter responsable POI et militant LFI - Photo - PLURIELLE INFO
Montpellier Alban Desoutter responsable POI et militant LFI - Photo - PLURIELLE INFO

Après le premier tour des municipales à Montpellier, cette interview d’Alban Desoutter, responsable du Parti ouvrier indépendant (POI) dans l’Hérault, et militant LFI à Montpellier, propose une lecture engagée du rapport de forces local. Malgré l’avance du maire sortant, les dynamiques à gauche restent fragmentées et disputées. Progression militante de La France insoumise, abstention persistante dans les quartiers populaires, recompositions entre écologistes et forces de rupture : derrière les résultats bruts se dessine un paysage politique instable. Entre critique du pouvoir local et projection d’un affrontement durable, cet entretien éclaire les lignes de fracture qui pourraient structurer les années à venir.

Plurielle info : Quelles premières leçons pour ces municipales à Montpellier ?

Alban Desoutter : C’est difficile de répondre de manière totalement catégorique, mais je remarque une chose : la FI était au premier tour dans des centaines de villes, et au second dans des dizaines également. Il va donc y avoir des milliers de militants qui vont rentrer dans les conseils municipaux, sur une orientation de rupture. Le maire PS de Montpellier a fait un très bon score, mais pourtant il n’est pas tranquille : avoir son ami Altrad (qui ne siège pas de toute manière) ou des divers « gauche » ou « droite » ou ni l’un ni l’autre, ce n’est pas du tout la même chose que d’avoir en face de soi La France insoumise. C’est cela qui explique qu’ils sont très loin de fanfaronner. Les années qui viennent seront marquées par l’irruption de la résistance.

Macron ne s’y est pas trompé, lui qui soutient Dati à Paris et qui, dans le même temps, a expliqué qu’il fallait lutter contre tout accord avec LFI.

Par ailleurs, nous avons déjà une première victoire : nous nous sommes considérablement renforcés. Nous avons uni nos forces avec des écologistes qui ont déserté Monsieur Roumégas, qui avait décidé de partir seul (et qui d’ailleurs finit seul) ainsi que nos amis de Cause Commune. Nous avons donc de ce fait une équipe jeune, dynamique, saine, et combative. C’est déjà en soi une victoire.

PI : Michaël Delafosse n’a-t-il pourtant pas fait des choses positives, appréciées par les Montpelliérain·nes ?

Alban Desoutter : C’est le cas de la plupart des maires qui gèrent des villes. Juppé a bien fait le tramway à Bordeaux. Mais le fond de l’affaire est ailleurs : le gouvernement Lecornu, présidé par Macron, a besoin d’avoir des collectivités locales qui relaient sa politique, dans tous les domaines.

Rappelons que les réorganisations de services au CHU, comme la renégociation des astreintes, ne pourraient pas se faire s’il n’était pas d’accord : il est président du comité de surveillance. De même, les suppressions de classes ne pourraient pas avoir lieu si le PS ne les acceptait pas, lui qui refuse d’engager le moindre combat en ce sens.

Plus près de nous, la charte de la laïcité, le relais des polémiques comme celle de l’abaya, l’instrumentalisation de la mort de Samuel Paty pour désigner les musulmans comme des sous-citoyens menaçant la laïcité au mieux, comme un danger au pire, est directement le produit du choc des civilisations des faucons américains et relayé par les ministres des derniers gouvernements, celui de Hollande inclus.

PI : Mais les gens ont quand même voté pour lui, non ?

Alban Desoutter : Certains se sont abstenus, d’autres ont voté pour l’une des 12 autres listes, et en effet 33 % des exprimés ont voté PS. C’est le produit de la campagne de soutien national des médias, y compris ceux de droite, voire d’extrême droite, du soutien de forces politiques comme le PCF, dont on se demande bien ce que le terme « communiste » peut revêtir, ou de quelques écologistes, qui, à mon humble avis, sont plus préoccupés par leurs postes au conseil municipal que par la biodiversité sur la planète.

Dans ce contexte, 15 % pour Nathalie Oziol est le seul chiffre qui signifie quelque chose : la volonté de la jeunesse, d’une fraction de nos quartiers, de résister, de ne pas accepter, malgré la campagne incroyable de haine envers nous.

PI : Pas de déception concernant le vote des quartiers populaires ?

Alban Desoutter : Aucune, dans mon quartier, nous avons fait 20 % environ, ce qui est bien. Par contre, il y a de l’abstention, et cela nous dessert, car de nombreux électeurs de Jean-Luc Mélenchon ne sont pas allés aux urnes dimanche dernier. Deux raisons : certains pensent que cela ne changera pas vraiment leur quotidien ; surtout, après des décennies à voir une classe politique de gauche trahir tout ce qu’il y a à trahir, on ne se mobilise pas avec enthousiasme du jour au lendemain, il faut quelques gages, des preuves, tester le réel.

Nos adversaires y ont mis les moyens : certains sont allés jusqu’à utiliser des comités de quartier pour lancer des appels très malsains, comme celui du comité « Alco Château d’O » qui explique de manière dédaigneuse que LFI a « ciblé la population d’origine maghrébine ». Charmant. On voit là toute l’étendue des compétences des gens du PS : ils n’ont pas compris que nous allions dans les quartiers populaires tout simplement, car nous y vivons ; que, par ailleurs, on ne cible pas les Maghrébins, comme ils disent, mais que l’histoire de notre pays a fait que nous avons des quartiers populaires avec beaucoup de Marocains et d’Algériens qui sont venus, car des patrons avaient besoin de main-d’œuvre après la Seconde Guerre mondiale. Quel mépris !

PI : Le maire PS risque de repasser, ça serait un échec pour ceux qui se sont mobilisés pendant ces derniers mois ?

Alban Desoutter : Pas du tout, comme l’a dit Nathalie Oziol, notre combat s’inscrit dans la durée, chaque fois nous progressons un peu plus malgré les calomnies qui ont été déversées sur nous de la part du PS et de la droite ; et de l’extrême droite bien sûr.

Donc nous allons gagner, mais il faut que nos pas soient sûrs. Avec nous, il n’y a pas d’aventure ou de papillonnage, nous gardons notre orientation.

PI : René Revol est arrivé second sur Grabels alors qu’il en est maire, est-ce une mauvaise nouvelle ?

Alban Desoutter : Oui, ce n’est pas une bonne chose, mais l’histoire n’est pas terminée : certains quartiers comme celui de la Valsière ne s’est pas mobilisé. Donc on peut encore gagner et il faut saluer le soulèvement des militants insoumis sur Grabels qui ne veulent pas de la droite, qui manifestement n’est pas la plus fute-fute du monde.

Personnellement, à chaque fois que j’ai demandé de l’aide à René Revol, j’ai eu son soutien, en particulier dans des moments difficiles lors de la répression des mobilisations pour la Palestine. Il y a les mots et il y a les actes. Demain, avec un maire tel que Heymes, on peut oublier tout cela, ça sera le retour en arrière sur tous les plans. C’est donc un enjeu de défendre les nôtres, surtout que son expérience nous sera utile quand nous aurons dégagé le PS de Montpellier, qui est l’un des plus à droite de France.

PI : Le POI a-t-il eu une activité particulière pendant la campagne ?

Alban Desoutter : Non, nous n’avons pas eu d’activité distincte, nous nous inscrivons politiquement totalement dans le cadre de la France insoumise. Cependant, nous insistons sur des aspects qui nous apparaissent fondamentaux : l’activité de mobilisation de tous les instants contre la guerre, en particulier dans les meetings de Jean-Luc Mélenchon, nous semble être centrale, sans évidemment écarter les autres sujets. Le Liban et l’Iran sont sous les bombes. Les attaques contre les Palestiniens continuent, parfois par Israël, parfois par des colons armés, soutenus par l’armée. Aussi, nous préparons, aux côtés d’autres organisations à l’échelle internationale, dont Your Party de Corbyn, un meeting à Londres le 20 juin, contre la guerre et la marche à la guerre. Non, nous ne voulons pas sacrifier nos enfants pour les intérêts de l’armement et des pays impérialistes. Que Glucksmann, Delga et Hollande aillent combattre sur le front ukrainien, on les regarde.

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