Guerre au Moyen-Orient : comprendre les économies du Golfe sous pression

Abu Dhabi Capitale d'Émirats arabes unis - Photo - Kevin Villaruz
Abu Dhabi Capitale d'Émirats arabes unis - Photo - Kevin Villaruz

La guerre au Moyen-Orient fait peser une menace directe sur les économies du Golfe. Au cœur des inquiétudes se trouve le détroit d’Ormuz, passage maritime stratégique par lequel transite une part essentielle du pétrole mondial. Si ce corridor est perturbé ou bloqué, c’est l’ensemble du modèle économique de la région qui vacille complètement.

Les six monarchies du Golfe : Arabie Saoudite, Émirats arabes unis, Qatar, Koweït, Bahreïn et Oman ont engagé depuis plusieurs années une diversification de leurs activités. Tourisme, immobilier, transport aérien ou finance se sont développés. Mais les hydrocarbures restent déterminants : ils représentent environ 30 % du produit intérieur brut (PIB) et entre 50 % et 85 % des recettes fiscales selon les pays.

Dans ce contexte, l’Iran cherche à exercer une pression maximale sur ses adversaires régionaux et leurs alliés. Téhéran a menacé de viser des infrastructures économiques dans le Golfe : raffineries, banques ou installations logistiques, et de perturber les routes commerciales passant par le détroit d’Ormuz. Des médias proches du régime iranien ont même évoqué des entreprises technologiques américaines présentes dans la région comme cibles potentielles.

Un choc économique

Les conséquences économiques pourraient être considérables. Selon des estimations de la banque Goldman Sachs, une fermeture du détroit d’Ormuz jusqu’à la fin avril entraînerait une chute marquée de la production pétrolière dans plusieurs États du Golfe en 2026.

Le Qatar, le Koweït et Bahreïn, très dépendants de ce passage maritime, pourraient voir leur production reculer d’environ 25 %. Les Émirats arabes unis seraient touchés à hauteur de 16 %, et l’Arabie saoudite d’environ 12 %, car ces deux pays disposent de routes d’exportation alternatives.

Les attaques d’infrastructures énergétiques aggravent encore la situation. Après des frappes ayant touché deux de ses principaux sites, la compagnie Qatarenergy a annoncé suspendre certaines productions industrielles, notamment l’aluminium, les polymères et le méthanol. Toute la chaîne industrielle liée au pétrole et au gaz se retrouve ainsi fragilisée.

Une dépendance alimentaire critique

Le blocage d’Ormuz ne menace pas seulement les exportations d’énergie. Il perturbe aussi les importations. La région dépend largement de l’étranger pour se nourrir : près de 85 % de l’alimentation consommée dans le Golfe est importée.

Selon l’économiste Jenan Hasan, du cabinet britannique Transport Intelligence, les États disposent toutefois de réserves alimentaires permettant de tenir entre quatre et six mois. Les gouvernements surveillent néanmoins de près les prix afin d’éviter toute tension sociale.

Dans ce contexte, certains produits traditionnels redeviennent stratégiques. Les fruits secs, notamment les dattes, jouent un rôle important, car ils sont riches en calories, faciles à conserver et à transporter.

Une recomposition régionale possible

La crise pourrait également modifier les équilibres économiques dans la région. Les ports saoudiens et omanais, situés hors du détroit d’Ormuz, pourraient devenir des plateformes logistiques prioritaires pour l’acheminement des marchandises vers le Golfe.

Des projets d’infrastructures terrestres sont également relancés, comme le Gulf Railway, un réseau ferroviaire de plus de 2 000 kilomètres destiné à relier les six États du Golfe d’ici 2030. Mais selon plusieurs experts du secteur logistique, la voie terrestre ne pourra pas remplacer l’efficacité du transport maritime.

Tant que les tensions militaires persistent, l’économie du Golfe reste donc exposée. Et même en cas de cessez-le-feu, les perturbations du détroit d’Ormuz pourraient continuer d’être utilisées comme levier stratégique par l’Iran.

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