Interrogé sur son absence des manifestations lycéennes, Raphaël Glucksmann accuse La France insoumise de l’empêcher de défiler. L’eurodéputé a effectivement subi plusieurs agressions et intimidations. Mais il transforme désormais ces incidents en explication politique générale.
Raphaël Glucksmann soutient les lycéens. De loin. Interrogé lundi 26 octobre sur TF1 par Élizabeth Martichoux, le candidat à la présidentielle reconnaît ne pas avoir participé aux manifestations de ces dernières semaines. Son explication tient en une accusation : « Il y a une campagne de harcèlement de La France insoumise contre moi. »
Le candidat affirme que ses déplacements sont systématiquement perturbés. Puis il livre lui-même le mobile supposé de ses adversaires : « Parce que nous sommes en train de refonder la gauche démocratique. »
Des agressions réelles, une responsabilité collective non démontrée
Les incidents existent. Le 1er mai 2024, à Saint-Étienne, Glucksmann avait dû renoncer à rejoindre un cortège après des invectives et des jets de peinture. Des militants de plusieurs organisations étaient présents. Le 11 octobre 2026, après sa victoire à la primaire sociale-démocrate, il a été enfariné à Paris par un individu qui a pris la fuite. L’homme qui a enfariné Raphaël Glucksmann n’a, à ce jour, pas été publiquement identifié comme militant de La France insoumise.
Ces violences sont condamnables. Elles ne démontrent cependant pas que La France insoumise organise une campagne de harcèlement. Sur LCI, Manuel Bompard conteste les accusations : « Quand on lance des accusations aussi graves, il faut être capable de les démontrer. »
Le candidat qui transforme son absence en persécution
Si le ridicule ne tue pas, il t’enterre dans les sondages… Reste le raisonnement de Glucksmann. Interrogé sur les manifestations, il parle d’abord de lui-même. Les revendications des lycéens passent derrière les difficultés du candidat à se déplacer.
Il assure pourtant avoir proposé jeudi à Matignon un plan de sortie de crise. Une initiative politique qu’il aurait pu défendre sans transformer ses adversaires en responsables de son absence dans les cortèges.
Autre particularité : Glucksmann a remporté la primaire sociale-démocrate avec plus de 66 % des suffrages exprimés. Il en a aussitôt tiré une conclusion politique : aucune alliance avec LFI. Il revendique donc la rupture avec les Insoumis, puis leur reproche une hostilité dont il fait désormais un obstacle à ses propres déplacements.
La gauche démocratique, avec brevet d’exclusivité
En expliquant qu’il serait attaqué parce qu’il « refonde la gauche démocratique », Glucksmann s’attribue un beau rôle, celui de l’important, celui du démocrate persécuté pour ses convictions. Ses opposants ne seraient plus simplement en désaccord avec ses orientations. Ils s’en prendraient à lui parce qu’il représenterait l’avenir de la gauche.
Cette interprétation présente une subtil (ou pas) manipulation électorale : elle transforme les critiques en confirmation de sa propre importance.
Gag : Lundi matin, les lycéens manifestaient contre le gouvernement, à 14h30, les organisations lycéennes étaient attendues à Matignon pour rencontrer Sébastien Lecornu, pour ensuite appeler à poursuivre la mobilisation ce samedi et le 5 novembre, tandis que Raphaël Glucksmann expliquait sur TF1 pourquoi La France insoumise l’empêchait de manifester.
