Dans « Les Matins » de France Culture de mercredi 24 juin, soit le lendemain de l’entrée au Panthéon du grand résistant au nazisme Marc Bloch, Guillaume Erner reçoit Marine Le Pen . Dissertant sur les «répercussions de ce conflit israélo-palestinien en France, avec la question de l’antisémitisme », l’omniprésent présentateur-producteur lance alors un « sonore » dans le but de comparer « Jean-Luc Mélenchon et Jean-Marie Le Pen sur la question de l’antisémitisme ».
Il s’agit en fait d’un montage, qu’il dit avoir trouvé sur les réseaux sociaux, totalement fallacieux. Celui-ci détourne des propos généraux tenus par Jean-Luc Mélenchon sur « les élites » (en 2017 lors d’un entretien avec Natacha Polony) dans lequel il n’était absolument pas question des juifs…
Une fois encore, ce montage trompeur a été produit par un média numérique Léon, proche de l’extrême droite israélienne. Pour bien enfoncer le clou, il interroge son invitée : « Quand, Marine Le Pen, avez-vous décidé de rompre avec l’antisémitisme de votre père ? » validant de son autorité journalistique la fable du RN selon laquelle il aurait rompu avec l’antisémitisme, contrairement à la gauche à laquelle le présentateur attribue des propos qui ne visaient aucunement «les juifs »… ce qui est une manière assez efficace d’alimenter l’antisémitisme.
Par la voix de son coordonnateur Manuel Bompard, LFI a immédiatement saisi l’Arcom et, face aux réactions qui se sont multipliées, France Culture a publié un correctif : « Dans « Les Matins » de ce mercredi 24 juin, l’extrait audio diffusé à 10:35, qui n’avait pas été sourcé à l’antenne, provient de « Léon le média ». C’était un montage fallacieux, ce que nous avons réalisé a posteriori. Cet extrait n’aurait donc pas dû être diffusé. La direction de la chaîne et Guillaume Erner tiennent à présenter leurs excuses aux auditrices et auditeurs. »
Mais comme le note le média Arrêt sur images, « ni le 24 juin, une fois l’entretien terminé, ni le 25 juin, malgré la polémique suscitée, Guillaume Erner n’a jugé utile de corriger, nuancer, ou s’excuser à l’antenne dans son émission Les Matins ». Ce site de critique des médias, tout comme l’observatoire des médias ACRIMED, constatent que « ces démentis ne sont pas diffusés dans les mêmes conditions que l’intox : les réseaux sociaux pour les premiers, le direct d’une matinale pour la seconde ». Vendredi matin, Guillaume Erner a enfin consenti à s’excuser en ligne, auprès de ses auditeurs… mais quand même pas auprès de Jean-Luc Mélenchon, première victime de sa supercherie.
De leur côté, les sociétés de journalistes de France Culture et de Radio France ont fait savoir qu’elles « se désolidarisent » de Guillaume Erner, et réclament contre le producteur « les mesures qui s’imposent ». D’autres journalistes ou humoristes du service public de l’audiovisuel ont été licenciés pour bien moins que ça. Sa démission semble pour un grand nombre d’auditeurs la mesure la plus « adaptée » à la gravité de l’opération.

