Sénatoriales 2026
Il ne faut pas prendre les enfants du bon Dieu pour des canards sauvages. La formule immortalisée par Michel Audiard trouve ce dimanche à Montpellier sa déclinaison électorale : il ne faudrait peut-être pas non plus prendre les grands électeur·trices pour des canards sauvages.
Ce dimanche 27 septembre, 2 729 grand·es électeur·trices de l’Hérault sont appelé·es à désigner 4 sénateur·trices. Devant la préfecture, la file va jusqu’à la rue de l’Aiguillerie. Treize listes, des délégations municipales, des candidat·es qui serrent les mains : la démocratie indirecte se donne exceptionnellement à voir en pleine rue. Et puisque tout ce petit monde passe au même endroit, certains ont compris l’intérêt stratégique du carrefour.
Les pompiers de l’Hérault sont là. Ils protestent contre leurs conditions de travail. Leur présence devant le siège de l’État se comprend aisément : agents d’un service public essentiel, ils interpellent des élu·es qui votent les budgets, siègent dans les collectivités et participent au financement du SDIS. Ils ne vendent pas un programme électoral : ils défendent leur outil de travail.
Mais quelques mètres plus loin, la FNSEA a également installé son stand. Drôle de hasard géographique. Car ces passant·es-là ne sont précisément pas des passant·es. Ce sont les 2 729 membres du corps électoral sénatorial de l’Hérault, convoqués ce jour-là et à cet endroit-là pour choisir quatre parlementaires.
Lobby professionnel, un jour de vote ?
Que la FNSEA défende les agriculteur·trices, rien de plus légitime. Qu’un lobby professionnel choisisse la porte du bureau de vote et le jour du scrutin pour porter son message auprès des personnes qui s’apprêtent à voter mérite davantage d’attention parce qu’elle relève d’abord de l’éthique démocratique.
Imagine-t-on chaque syndicat patronal, fédération professionnelle, promoteur, banque ou grande entreprise installer son barnum devant la préfecture pour « sensibiliser » les électeur·trices avant leur passage dans l’isoloir ?
Le monde agricole et sa souffrance n’ont pas grand rapport avec une opération de lobbying à la porte des urnes. Que dire de la FNSEA et de son président Arnaud Rousseau, patron du Groupe Avril très favorable à l’agro-industrie et à la loi Duplomb ? Que les grands électeur·trices méritent mieux que d’être pris pour des canards sauvages.
