Événement : l’Arcom a fait son travail !

Alix Bouilhaguet reprise par l'ARCOM six mois après les faits - Photo - Screen Shot X France Info
Alix Bouilhaguet reprise par l'ARCOM six mois après les faits - Photo - Screen Shot X France Info

L’Arcom met en demeure France Télévisions et Radio France pour « des propos inexacts sur le maire de New York et l’UNRWA« . Et la formulation « propos inexacts » est un doux euphémisme. Alix Bouilhaguet, éditorialiste politique à France info avait décidé le dimanche 9 novembre 2025 de lâcher toutes les fake news possibles sur Zohran Mamdani, nouveau maire de New York et sur l’UNRWA, l’office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient.

Alix Bouilhaguet, sans cligner des yeux, affirmait à propos de Zohran Mamdani : « Il est ouvertement pro-Palestinien […] il a repris le slogan « mondialiser l’intifada« , en clair « faire la guerre aux juifs partout dans le monde. […] Quand on lui demande de condamner le 7 octobre, souvent il botte en touche et il répète que le problème c’est l’occupation pratiquée par Israël, est-ce que ça, ça ne vous choque pas ?». Face à elle, Manuel Bompard rétablit la vérité sur ces trois fausses informations. Zohran Mamdani n’a jamais utilisé l’expression « mondialiser l’intifada ». Il a condamné le 7 octobre clairement.

Des fakes avérées

Après avoir rétabli les faits, Manuel Bompard demande à Alix Bouilhaguet de donner des informations exactes et non des approximations. L’éditorialiste enchaîne : « Alors une information exacte : il [Zohran Mamdani] lève des fonds pour l’UNRWA, une agence onusienne qui est accusée de collusion avec le Hamas.» Pour rappel, cette accusation provenait de l’État d’Israël qui n’a jamais fourni aucune preuve. L’enquête indépendante, dont les résultats furent connus en avril 2024, avait conclu qu’aucun élément ne permettait de lier l’UNRWA aux crimes du 7 octobre et qu’il n’y avait aucune preuve de lien avec le Hamas.

Cette séquence « avalanche de désinformation » devient une sale habitude chez France info qui a donc décidé depuis des mois de radicaliser son discours à l’extrême droite, devenant une pâle copie de Cnews. En tant que contribuables, nous sommes en droit d’attendre du service public qu’il nous délivre des informations sourcées et vérifiées. Et il est de bon ton de rappeler quelques lois pour dissuader les chaînes d’informations de répandre leur fiel :
● Loi n°2018-1202 sur la manipulation de l’information.
● Loi n° 72-546 sur l’incitation à la haine en raison de l’appartenance ethnique ou religieuse.
● Les articles 29 et 23 de la loi du 29 juillet 1881 sur la diffamation publique.

Le 16 novembre, soit une semaine plus tard, après avoir laissé infuser les multiples fake news, Alix Bouilhaguet « s’excuse ». Et les guillemets ici sont de rigueur, car sa prise de parole n’est en réalité qu’un ajout du mensonge aux mensonges. Je la cite : « Lors de l’interview, il y a effectivement eu des formules imprécises et parfois inexactes. Si j’ai pu heurter les auditeurs et les téléspectateurs, je m’en excuse, mais il n’y a eu de ma part aucune intention partisane, aucune volonté de déformer les faits sur des questions qui sont effectivement extrêmement complexes« . La présentatrice, Alexandra Bensaïd ajoute une invective sous forme de menace :  » Et pour clore cette mise au point, j’ajoute que le harcèlement en ligne est inacceptable, il est aussi puni par la loi ». Interpeller France Info sur un flot de désinformation impliquant potentiellement les viols de trois lois n’est pas du harcèlement, c’est une exigence de rigueur que nous demandons à une chaîne se disant « d’informations » et d’autant sur le service public.

Des fausses excuses

Revenons sur les non-excuses d’Alix Bouilhaguet : il ne s’agissait aucunement de « formules imprécises », mais d’accusations graves visant le nouveau maire de New York et l’UNRWA. Le « il y a » met une distance entre elle et les propos tenus. Ces mots ne sont pas descendus du ciel comme par magie, ils ont été pensés, ils ont été mis par écrit lors d’un comité de rédaction et ils ont été prononcés par la bouche de la rédactrice en chef. La forme conditionnelle qui suit  » si j’ai pu heurter » n’a rien à faire ici : vous avez heurté une partie de vos téléspectateurs en diffamant et stigmatisant un homme parce qu’il est musulman et dénonce un génocide, vous avez heurté une partie de votre audience en proférant de graves accusations contre l’UNRWA, car elle vient en aide aux Palestiniens.

Selon une décision publiée le vendredi 24 avril, l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (Arcom) a adressé une « mise en demeure » à France Télévisions et Radio France. L’Arcom a également critiqué les éditeurs − Radio France et France Télévisions − pour « avoir tardivement et insuffisamment corrigé les propos de la journaliste« . « Si les propos ont été contredits par l’invité durant la séquence, ils n’ont été précisés et corrigés par l’éditeur qu’à compter du 11 novembre 2025, soit deux jours après l’émission, sur le site Internet de Radio France […] et seulement le 16 novembre 2025 à l’antenne. […] les allégations en cause auraient dû, au vu de la gravité et de la sensibilité du sujet, d’une part être immédiatement complétées, voire corrigées par l’éditeur, et, d’autre part, faire l’objet par la suite d’une réaction à l’antenne plus marquée ». Cette séquence caractérise donc un « manquement » aux obligations « d’honnêteté et de rigueur dans la présentation et le traitement de l’information ».

Si éventuellement l’Arcom cherche d’autres séquences problématiques sur France info, je lui conseille la lecture de mon article : France info, le nouveau Cnews du service public. Article où j’ai documenté et analysé pendant 15 mois, de janvier 2025 à avril 2026, toutes les fausses informations, les diffamations publiques, les promotions de théories complotistes d’extrême droite… etc.

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