Après l’appel de Lecornu à «choisir son camps» ( entre les « casseurs » et la République), l’intervention du président de la République le 18 octobre confirme l’incapacité du gouvernement à apporter la moindre réponse politique à la crise sociale, économique et démocratique dont les faillites successives du maintien de l’ordre sont un symptôme parmi d’autres qui a atteint son apogée au soir le 17 octobre.
Emmanuel Macron a commencé par annoncer une traque policière et judiciaire contre les « casseurs » et les « pilleurs », dont on voit sur les vidéos – comme celles de Montpellier – que beaucoup l’ont été davantage par opportunité et insouciance que par choix raisonné. Ce qui est très peu mesuré, ni analysé ni même mentionné, c’est le niveau de frustration et de rage emmagasinée par la jeunesse, surtout celle des quartiers populaires, nourrie de son expérience intime des humiliations sociales et des violences policières.
La faute à qui ?
Le président n’est peut-être pas au courant que sa phrase «ceux qui ont détruit doivent payer, ceux qui ont pillé doivent rembourser» lui est régulièrement adressée, sous différentes formules, sur des pancartes de manifestations ou des dessins humoristiques, compte-tenu du nombre de secteurs littéralement ruinés par ses deux quinquennats, particulièrement, avec les hôpitaux, celui de l’enseignement public qui a été à l’origine de la révolte populaire.
« La plus grande fermeté a été demandée aux procureurs » indique le président comme pour donner des coups de menton en direction des leaders d’extrême-droite qui écument les plateaux. Pendant que le candidat Retailleau réclame la mise en place de l’état d’urgence, Le Pen tante et nièce, Bardella et Zemmour voient dans ces événements le résultat de «l’immigration» ou de LFI (dénommée « branche politique » d’on ne sait trop quoi) plutôt que celui des politiques d’abandon des services publics et d’austérité pour des millions de familles qui peinent aujourd’hui à se nourrir, se loger, se soigner, à se déplacer… L’heure viendra où eux aussi auront des comptes à rendre sur les incursions violentes de leurs nervis dans les manifestations. En attendant, ielles sont aussi aveugles aux souffrances sociales de leur pays que les macronistes avec qui ils votent cette politique de casse généralisée qui laisse la jeunesse sur le carreau et la prive de tout espoir.
L’état se défausse mais appelle à l’alignement derrière lui
Sans la moindre reconnaissance de la faillite des choix de «maintien de l’ordre» qui ont semé au contraire le désordre et la colère, le bientôt ex-président de la république a renvoyé sur les préfets la responsabilité de protéger, « en lien avec nos maires« , « nos villes, nos bâtiments publics, nos commerces » jusqu’à « interdire quand il le faut certains rassemblements », pouvoir dont disposent déjà les préfets et qu’ils utilisent copieusement.
Côté réponse politique donc, c’est le néant. Macron reconnaît bien tardivement la légitimité des revendications des manifestants que ce soit sur le pouvoir d’achat ou les conditions d’enseignement, mais sans s’engager sur rien. Faisant croire qu’il part le lendemain « dans les pays du Golf sécuriser nos approvisionnements », il demande à son Premier Ministre Lecornu de convoquer les partis et les syndicats pour qu’ils « condamnent clairement les violences et appellent au calme » (certains ont devancé l’appel à participer à ce bal d’hypocrisie ). Autrement dit pour les contraindre à renoncer à toute contestation des choix gouvernementaux. Il lui demande également de réunir quelques jeunes autour d’une table avec des représentants de l’Etat, des enseignants, des collectivités territoriales, des organisations syndicales, patronales, professionnelles, pour «trouver des solutions», solutions que les lycéen•nes ont pourtant déjà très clairement énoncées. Et cela alors que le gouvernement prévoit la suppression de 1 600 postes d’enseignants dans son budget 2027. De qui se moque-t-il ?
Pour faire tomber la tension, il faut répondre aux revendications
Entre la prise de parole pompeusement mise en scène de Marine Le Pen s’érigeant en grande défenseuse de l’ordre et de la République et celle aussi solennelle d’Emmanuel Macron, les deux lisant leur prompteur face caméra, Jean-Luc Mélenchon était interviewé sur LCI. Il y a pu, malgré l’interrogatoire habituel exigeant la condamnation des violences ou des slogans, insisté sur l’importance de la mobilisation pacifique. Il a dénoncé l’incapacité de l’état à garantir la sûreté publique et la stratégie du pourrissement qu’utilise systématiquement Emmanuel Macron face à tout mouvement social.
Interrogé sur ce qu’il attendait de l’intervention du président, il l’invitait à prendre quatre mesures prioritaires pour faire baisser la tension : blocage des prix, suppression de ParcourSup, déblocage des 10 milliards nécessaires pour répondre aux revendications lycéennes et indemnisation d’urgence des commerçant victimes de saccages parce qu’ils auraient pu être évités si l’Etat avait correctement joué son rôle. Seules paroles de sagesse et d’apaisement entendues en cette journée de surenchères médiatiques où tournaient en boucle les images laissant penser que la France était en proie à une guerre civile et qu’aucune autre réponse ne pouvait être apportée que celle d’une répression accrue.
